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Vieillir en français

Le français est la langue maternelle de 33% des résidents de Bordeaux-Cartierville et celle pratiquée à la maison dans près de 40% des foyers. Dans un quartier où la moitié de la population est issue de l’immigration, la question de la langue peut poser problème.

À Bordeaux-Cartierville, on peut entendre de l’arabe, de l’anglais, du grec, de l’arménien… Si pour la plupart des adultes et Des jeunes, la question de la francisation est une évidence, l’est-elle tout autant pour les aînés?

Comment font les policiers confrontés à des difficultés de communication? «C’est surtout le système D, indique Pierre-Luc Lortie, conseiller en concertation au poste de quartier 10. Les agents de police ont plusieurs outils à leur disposition: des interprètes, des policiers d’origines diverses au sein de l’équipe, un livret de phrases en contexte d’intervention traduit en plusieurs langues…»

Le poste débute une tournée des résidences afin de prévenir les fraudes et les abus chez les aînés. Au Manoir Gouin, Sylvia Galatzan, la directrice constate: «Il y a quelques résidents qui ne parlent pas français; des femmes d’origine arménienne.» En cas de besoin, pour des soins ou des plaintes, «souvent, ce sont d’autres membres de la communauté qui traduisent pour elles», confie-t-elle.

L’exemple arménien pour comprendre

L’immigration arménienne est une des plus anciennes au Québec. Elle remonte à la fin du 19e siècle et s’est accentuée au début du 20e siècle, au moment où les Arméniens fuyaient la politique de génocide pratiquée par les Turcs, à partir de 1915. Pour autant, l’ancrage historique évident des Arméniens au Québec n’a pas évité, pour certains, l’isolement communautaire.

Patricia Gagnon, chargée de l’animation au Manoir Gouin, le reconnaît. «J’ai beaucoup de mal à les intéresser aux activités, notamment quand je parle de musique. Mais elles sont intarissables quand il s’agit de parler de leur pays d’origine.»

Ces anciennes immigrantes ont ramené dans leurs bagages leur Arménie natale et possiblement, dans leur tête, même à des milliers de kilomètres, elles ne l’ont jamais quittée.

Cette explication, nous la trouvons chez Anastazia. Elle est en charge d’un projet de francisation destiné aux aînés, au sein du Centre d’appui aux communautés immigrantes (CACI). Elle aide aujourd’hui près d’une vingtaine de femmes, âgées de plus 65 ans, qui apprennent le français. Plus d’une cinquantaine sont passées par le projet depuis 2008.

«Ce sont des femmes qui se sont toujours occupé de leurs enfants, qui ne travaillaient pas et vivaient dans leur communauté.» Le besoin d’apprendre le français est apparu quand elles ont ressenti le besoin d’autonomisation.

«Quand leur époux est devenu trop âgé ou est décédé, il fallait qu’elles aillent chez le médecin, faire leurs courses seules. Elles avaient alors besoin d’apprendre», indique-t-elle.

Bien entendu, la communauté arménienne n’est pas une exception. «Des membres des communautés grecques, arabes ou asiatiques vont connaître les mêmes problèmes assez rapidement», indique la directrice du Manoir Gouin.

Au-delà des discours usuels sur l’intégration, il est peut-être utile de dire qu’au moment où il opte pour la terre où il va vivre, l’immigrant choisit aussi l’endroit où il va vieillir. La rapidité de son intégration, c’est finalement son assurance vieillesse.

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