Le point sur l'urbanisation d'Ahuntsic
Si le secteur Ahuntsic reste, à quelques détails près, à l’extérieur des grands périmètres d’urbanisation jusqu’au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, il explosera toutefois à la fin des années 40 et le début des années 50. « Jusqu’à cette époque, l’établissement est essentiellement un environnement agricole et polarisé par le village du Sault-au-Récollet qui est, le point de services à tous les égards », précise M. Beaudet.
« La seule chose qui laisse envisager l’urbanisation d’Ahuntsic, c’est qu’avant la crise des années 30, on avait déjà commencé à lotir plusieurs des terres agricoles. Le lotissement adopté alors était le même que celui les grands quartiers de Montréal comme Villeray par exemple. » D’ailleurs, le professeur note que sur la rue Jeanne-Mance, on remarque encore ce type de développement propre au cadastre montréalais, disons traditionnel: des terrains de 7 mètres de large avec une ruelle, conçues pour recevoir des unités à logements multiples.
Par contre, lorsque l’urbanisation se fera, les modèles auront complètement changé. Le triplex montréalais n’aura plus la cote, alors on installera sur deux terrains des petits cottages isolés ou séparés. « Suivront ensuite le bungalow des années 60 et les autres déclinaisons des résidences unifamiliales de banlieues », rappelle M. Beaudet.
La rue Lajeunesse
Pour M. Beaudet, le développement de la rue Lajeunesse est très intéressant: Quand on la parcourt à partir de Villeray vers le nord, le professeur remarque que jusqu’au viaduc ferroviaire, tout juste au sud de Sauvé, « la rue a la même physionomie qu’au sud du boulevard métropolitain: des triplex en rangées avec des commerces au rez-de-chaussée. On sent qu’il y avait une poussée d’urbanisation suivant l’axe de Lajeunesse, mais ce qui est intéressant, c’est qu’au nord du viaduc ferroviaire, on est sur le premier tronçon du boulevard des Laurentides avec des grands commerces et des stationnements. » Il y aurait donc eu donc deux types de développements sur Lajeunesse, une poussée du sud qui s’essouffle entre les deux guerres, et une poussée suburbaine, vers Laval en plein essor après 1945.
« Cette personnalité très forte de Lajeunesse divise Ahuntsic Ouest et Ahuntsic Est: Lajeunesse n’est donc pas le cœur de l’arrondissement, mais la marge de deux segments du quartier », indique M. Beaudet.
Le défi de la revalorisation
Le projet de revalorisation des terrains du ministère des Transports représente pour M. Beaudet une des très rares opportunités de redéveloppement dans Ahuntsic. « J’ai déjà travaillé sur ce site avec des étudiants nous avions envisagé de déménager la prison: cet emplacement-là a beaucoup trop de valeur pour ce type d’établissement qui occupe un terrain à fort potentiel de valorisation », indique le professeur. Avec une telle vision systématique, il aurait été plus simple d’orienter le développement vers un modèle favorisant le transport collectif, insiste encore M. Beaudet. « Évidemment, mon projet pour le secteur date d’avant les investissements sur la prison de Bordeaux et avant les grands procès des motards, ce qui rend aujourd’hui la situation plus complexe. Toutefois je suis d’avis qu’à cette époque nous avons raté une occasion de créer un quartier avec une très forte personnalité dans le quartier. »
À propos de la hauteur des tours d’habitation projetée dans les plans du promoteur Musto, M. Beaudet conclut: « On ne peut pas redévelopper un site de ce potentiel-là en y déployant que quelques bungalows, il y aurait là un sérieux problème collectif si nous options pour cette proposition ».