Chitilian de retour de Paris : «Il y'a de bons côtés à la gestion centralisée»
«J’ai été positivement surpris de l’organisation et du sérieux du programme», souligne M. Chitilian comme première impression. «J’étais enchanté de voir transposés mes centres d’intérêt qui étaient aménagement, transport, développement économique local et régional ainsi que développement durable et sécurité dans mes multiples rencontres.» Il a pu s’entretenir des élus locaux et nationaux, des hauts fonctionnaires et des représentants de la société civile. «J’ai pu aussi voir les deux côtés du spectre et rencontre autant des socialistes que des gens de l’UMP. Mais je n’ai eu à rencontrer ni des représentants du front national, ni du front de gauche», précise-t-il.
«J’ai vu qu’en termes d’aménagements et de transport, il y a plusieurs années que les milieux urbains et le transport sont planifiés et coordonnés au niveau régional», note-t-il. «C’est la nature de l’État français centralisé qui a eu des retombées positives. On sent que c’est intégré.»
«On sent aussi des contrastes prononcés par rapport au financement de ces infrastructures. Un fait marquant qui m’a sauté aux yeux», remarque-t-il.
«En Amérique du Nord, nous sommes dans une culture où il faut à tout prix préserver les taxes au plus bas niveau possible, parce que l’élu est jugé par rapport à ses efforts à maintenir le niveau de taxation bas.» «En France, les mécanismes de financement des infrastructures publiques émanent des impôts, mais aussi des taxes sur la masse salariale.» «Parce que les transports collectifs fiables, fluides et bien organisés sont un enjeu de compétitivité et contribuent à l’essor économique du milieu urbain», explique-t-il.
«Je ne fais pas de cela mon cheval de bataille actuellement, mais je prends acte de cette différence», reconnait-il.
«À Montréal on a des sociétés de transport dans les villes ; Montréal, Laval et Longueuil. Nous avons une agence métropolitaine des transports qui s’occupe uniquement des lignes qui ont une portée métropolitaine.»
Une sécurité à échelle humaine
«Sur un autre point où l’équilibre est de notre bord, c’est la gestion de l’ordre», énonce-t-il.
«La nature de l’État centralisé fait que la police nationale dépend du ministre de l’Intérieur et les gendarmes sont des militaires sous la gouverne du préfet, qui lui-même dépend du ministre de l’Intérieur.» «On ne pourrait pas voir à Paris par exemple une soirée de consultation publique sur la sécurité, comme celle que nous avons tenue ici à Cartierville, où les policiers sont venus dans moins qu’un arrondissement, dans un quartier, pour livrer un bilan», argue-t-il.
Si Harout Chitilian évoque la nécessité de la coordination des transports au niveau de l’État, parce que dit-il : «C’est l’enjeu primordial dans les milieux urbains dans les années à venir c’est pour cela que je pense que cela doit être un souci au plus haut niveau des paliers de gestion», jusqu’au niveau pancanadien. «Aujourd’hui, un Montréalais ne peut pas prendre un TGV et rejoindre Vancouver en 3 ou 4 heures, ou bien embarquer dans un train et se retrouver dans une métropole d’emploi et de créativité comme Boston ou New York.»
Si sur les questions de sécurité le modèle français n’a pas convaincu Harout Chitilian, il indique toutefois : «il ne faut jamais prendre pour acquis l’ordre social. C’est une équation avec des variables multiples. Les forces de l’ordre; l’environnement; l’éducation; l’emploi; l’intégration des nouveaux arrivants; sont des modules.» Des modules à gérer de manière coordonnée à plusieurs niveaux de décision.
«On a fait le constat depuis plus de six mois, depuis le lancement de la démarche stratégique de planification. Il y a des enjeux qui ne peuvent être réglés à certains niveaux en l’absence d’élus ou de responsables des autres paliers de gouvernance. L’État centralisé aurait tous les moyens pour agir».