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Intervenants de rue: un «small talk» humanisant 

Francesca est une travailleuse pour l’organisme TRAC, qui rencontre et parle quotidiennement avec des Verdunois ayant des problèmes psychosociaux particuliers. Photo: Métro Média - Maude Ravenelle

Tous les jours, l’intervenante Franceska arpente les rues de Verdun pour aller à la rencontre des citoyens ayant des besoins psychosociaux particuliers.  

«Ma mission est de me déplacer dans le milieu de vie des gens», exprime Franceska, qui travaille pour l’organisme Travail de rue action communautaire (TRAC) du Sud-Ouest.  

Que ce soit dans un parc, un autobus, une maison de jeunes ou encore un centre communautaire, les lieux de rencontre sont souvent impromptus. Dans chacun de ces endroits, vous pourrez retrouver Franceska assise quelque part en train de discuter de sujets banals avec une personne sur son passage. Avec ces petites discussions informelles et beaucoup de temps, ces citoyens en viendront à s’ouvrir à elle. «Au début, je ne parlais pas beaucoup, mais là, Franceska sait pas mal tout», confie Jean-Louis, qui reçoit les services du TRAC. Ce développement du lien de confiance qui se fait à pas de tortue est essentiel avec ces personnes puisqu’elles ont souvent perdu confiance envers les systèmes. «On est dans une approche qui est beaucoup dans le savoir-être, donc on va juste commencer par essayer de connaître la personne et lui donner la chance de nous connaître aussi», rapporte Franceska. 

 Une oreille attentive 

Plusieurs personnes en situation d’itinérance n’ont pas de lien social significatif. D’ailleurs, en interrogeant Jean-Louis sur l’importance de Franceska dans sa vie, la réponse est claire: «l’écoute». Il reconnaît que de pouvoir lui parler met un baume sur ses journées plus difficiles comme il apprécie lorsqu’il partage ses joies avec elle et qu’elle souligne ses réussites. «L’écoute, c’est important pour humaniser les gens. Parfois, ce sont des petites choses que les gens n’ont pas l’occasion de dire aux autres mais nous, les intervenants, on est là pour ça», confie Franceska. 

 Un pas à la fois et selon le rythme de chacun 

«[Le but] c’est de prendre la personne ou elle est rendue […] qu’est ce qu’elle est prête à faire en ce moment et selon son besoin», spécifie Franceska.  

Les personnes rencontrées par les intervenants de rue tels que Franceska ont souvent abandonné le système public. Un des buts est donc de refaire «les corridors de services et d’accompagner la personne vers les ressources [communautaires ou institutionnelles]», explique le directeur adjoint du TRAC, Cédric Cervia.  

 «Je suis consommateur [de drogues], elle peut me donner du matériel», exprime Jean-Louis. Le sac à dos de Franceska est donc rempli de matériel stérile: seringues, bandelettes-tests réactives au fentanyl, condoms, etc. «La réduction des méfaits, c’est de ne pas juger les habitudes de la personne, mais de l’amener par exemple à consommer de façon plus responsable pour se protéger elle et les autres», spécifie Franceska.  

 L’hébergement en pandémie 

Trouver des hébergements pour les personnes dans la rue est un défi puisque le nombre de places a été réduit vu la COVID-19. «Aucun centre d’hébergement n’est présent dans le Sud-Ouest», lance Jean-Louis. Les personnes itinérantes doivent donc sortir du quartier et abandonner une partie de leur matériel, rapporte Franceska.  

Avec ces multiples contraintes, les intervenants de rue dansent au quotidien avec un sentiment d’impuissance en raison du «manque de place dans les services et les ressources», comme le rapporte Franceska. Elle doit donc par moments quitter la personne en sachant qu’elle ne peut pas lui venir en aide.   

Assurer sa sécurité 

Franceska affirme se sentir en sécurité au travail, mais elle sait qu’elle doit rester vigilante puisque certaines personnes peuvent par moment se désorganiser.  

Le travail en dyade est donc priorisé. Pour les aider dans leur intervention, les intervenants de l’équipe de crise du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, UPS-Justice, sont souvent des partenaires-conseils importants pour les intervenants du TRAC. 

Malgré tous les enjeux, ils restent passionnés par leur travail. «Je pense que la grosse motivation avec ce travail-là, c’est entre autres de parler à des gens qui justement n’ont pas une oreille pour les écouter puis qui ont des histoires fascinantes à raconter», conclut Franceska. 

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