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La rue May va disparaître

Encore sous le choc au moment où nous lui avons parlé, Thérèse Lemay a du mal à croire qu’elle devra quitter une maison qu’elle habite depuis 32 ans. Pour elle, et pour au moins 16 de ses voisins, la lettre reçue du gouvernement fédéral, le 25 juin, a eu l’effet d’une bombe. On doit démolir pour faire place au nouveau pont.

La rue May est dans la trajectoire du nouveau pont, et l’élargissement de l’emprise de l’autoroute 15 exige la démolition de cet ensemble de maisons toutes semblables à balcon, colonnes et corniches d’inspiration victorienne.

Selon Thérèse Lemay, résidente du 314 rue May, le lendemain de la Saint-Jean-Baptiste, fut plutôt lugubre avec la réception de cette lettre recommandée les invitant à communiquer avec les représentants fédéraux pour fixer une rencontre individuelle, avec mention de ne pas en parler aux voisins.

Puis est venu l’annonce du ministre Denis Lebel, concernant l’esquisse du nouveau pont. Le chat est alors sorti du sac. Le ministre ne pouvait annoncer avec autant de détails un tel projet sans parler d’acquisition par voie de négociations de propriétés dans l’arrondissement de Verdun.

Invoquant la valeur patrimoniale de cet ensemble de maisons, Thérèse Lemay, conjointe de Jacques Labre, est vraiment bouleversée par cette annonce, affirmant que certains de ses voisins sont dans le même état qu’elle, par exemple sa voisine qui vient d’acheter rue May, et qui a un petit bébé. «Nous avons jusqu’à juillet 2015 pour quitter les lieux», précise madame Lemay.

Le maire s’explique

Afin de dissiper les malentendus dans un dossier qu’il ne pilote pas et sur lequel il n’a pas de contrôle, le maire de l’arrondissement de Verdun, Jean-François Parenteau, a déclaré au Messager: «il n’y a pas de bonne façon d’annoncer des expropriations. J’étais tenu par une entente de confidentialité, mais maintenant que le gouvernement fédéral a fait l’annonce, je vais m’assurer que les citoyens seront au cœur du processus».

Du même souffle, le maire a annoncé qu’un comité sera formé à l’arrondissement «pour l’intégration du nouveau pont et ses accès, et pour accompagner les citoyens dans ce processus». Questionné par plusieurs concitoyens, Jean-François Parenteau a noté que les gens souhaitaient qu’on préserve une trace de ces maisons dans les archives sous différentes formes; photos, vidéos, etc.

Un ami proche du maire, dont nous tairons le nom, a reconnu que le dossier de la rue May était le premier gros dossier difficile à traiter, qui risquait de mettre fin à la lune de miel entre le maire et ses concitoyens.

«C’est une décision difficile, a reconnu le maire, mais c’était la meilleure solution considérant la présence du collecteur Saint-Pierre, à l’est de la bretelle, une infrastructure majeure qui dessert 100 000 personnes dans le secteur».

Le député Benskin réplique

En terminant, soulignons la vive réaction du député NPD de Jeanne-Le Ber, Tyrone Benskin, à l’annonce de l’expropriation. Celui-ci croyait comme son collègue de la Rive-Sud, Hoang Mai, qu’il n’y en aurait pas d’expropriation, selon les réponses faites par Marc Brazeau, directeur des grands projets de ponts de Transports Canada, aux citoyens inquiets lors de consultations publiques en 2013. Benskin et Hoang Mai parlent «des cachotteries du gouvernement fédéral».

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