Les pharmacies verdunoises sont également touchées
La pénurie de médicaments auquel fait face le pays touche également les pharmacies de Verdun. Il n’est pas rare pour un médecin de changer complètement une ordonnance pour un patient en raison de la disparition sur le marché de son médicament.
Dans un sondage publié en janvier par l’Association des pharmaciens du Canada, l’Association médicale canadienne et la Société canadienne des pharmaciens d’hôpitaux, les pharmaciens et médecins disent consacrer de plus de plus de temps à tenter de contrer ces pénuries.
Selon ce sondage, 76% des 1070 pharmaciens communautaires et d’hôpitaux interrogés ont déclaré que les pénuries de médicaments ont d’importantes répercussions sur leur charge de travail, car ils passent plus de temps à chercher des solutions de rechange et à communiquer avec d’autres professionnels de la santé.
Le pharmacien propriétaire du Pharmaprix de la rue de l’Église à Verdun, Cyrille Lugassy, confirme avoir vécu cette réalité. «Dans certains cas, on a dû appeler le médecin pour qu’il change la prescription parce qu’on n’arrivait pas à recevoir le médicament pour un patient», indique-t-il.
Pour Jacques Gendron, le pharmacien propriétaire du Jean Coutu sur le boulevard René-Lévesque à L’île-des-Sœurs, contacter le médecin en raison d’une pénurie est monnaie courante. «Je passe plus de temps à trouver des solutions alternatives quand un médicament n’est plus disponible. Il est très fréquent de devoir appeler le médecin pour qu’il modifie la prescription, ce qui cause des retards. Au bout du compte, c’est le patient qui se retrouve sans médicament», affirme le pharmacien.
«Les patients qui ne peuvent obtenir les médicaments dont ils ont besoin subissent des conséquences néfastes. Le dévouement des médecins et d’autres professionnels de la santé aide à réduire l’incidence sur les patients, mais tous en paient le prix: le temps que les médecins pourraient employer à meilleur escient en s’occupant de leurs patients sert plutôt à chercher des médicaments et des traitements de rechange», a déclaré la Dre Anna Reid, présidente de l’Association médicale canadienne.
Bien que cette pénurie dure depuis plusieurs années, son acuité a atteint son apogée l’an dernier. Les deux pharmaciens affirment que ce sont les médicaments dits injectables qui ont été le plus affectés, ce qui a causé beaucoup d’inquiétudes chez leurs patients. L’incendie de l’an dernier à l’usine Sandoz à Boucherville a eu aussi d’importantes conséquences pour les pharmacies de la région.
Bien que la situation se soit améliorée cette année, ça reste toujours un problème, selon M. Gendron. «En comparaison, il y a 30 ans, je devais faire face à une pénurie par année. Aujourd’hui, c’est au moins un médicament par mois», révèle-t-il.
Du côté du Centre de santé et de services sociaux du Sud-Ouest – Verdun, l’institution s’est abstenue de commenter cette pénurie dans la région. «Il s’agit d’une situation nationale et non pas d’une situation locale. Veuillez cependant prendre note que nous avons mis en place les moyens nécessaires pour assurer la continuité et la qualité de nos soins et de nos services», a expliqué Monique Guay, directrice des communications au CSSS, dans un courriel envoyé au Messager.
Vers des solutions?
De nombreuses solutions ont été envisagées afin de contrer cette pénurie. Entre autres, en mars 2012, la Chambre des communes a adopté à l’unanimité une motion voulant que le gouvernement exige des fabricants de médicaments qu’ils rapportent rapidement à Santé Canada et aux provinces toute perturbation ou interruption de production prévue. Le comité sur les ruptures d’approvisionnement en médicaments avait recommandé en avril 2012 à Santé Canada d’obliger les fabricants à avoir plusieurs fournisseurs de matière première et de prévoir plusieurs sites de fabrication.
Du côté des pharmacies de la région, pharmaciens, médecins et fournisseurs travaillent de pair afin de limiter les conséquences de cette pénurie. «Les pharmaciens et médecins ont sensibilisé les compagnies pharmaceutiques. Dorénavant, ils essaient de nous avertir à l’avance quand un médicament ne sera plus disponible pour qu’on puisse trouver des alternatives, puisque ça nous demande beaucoup de temps», conclut Jacques Gendron.