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La petite robe rouge

Depuis un mois, elle a choisi ce week-end pour faire son grand ménage. D’abord, celui de son appartement, puis celui de son garde-robe. Tellement de vêtements, tellement de tout. N’écoutant que son courage, elle ouvre la porte. Comme quand on va chez le dentiste, Carole sait que cela va faire mal. Un walk-in, all-dressed. Découragée avant de commencer, elle fonce dans le tas. Elle a bien l’intention de se débarrasser de ses «encombrants», comme elle dit à Gilles. Plein de choses inutiles. Trop petit, trop usé, démodé, bref, un rituel que Carole connaît puisqu’elle s’y prête deux fois par année, au printemps et à l’automne. Le marathon de la guenille. C’est un samedi pour aller aux pommes, pas pour se mettre le nez dans ses fringues, songe-t-elle.

Après son quatrième café, elle se sent comme motivée. Pleine d’énergie…. Elle sait que cela passera; donc, elle se met à la tâche. Son chum Gilles et son chat Ti-Bas (quel nom affreux…) la regardent. Le premier lit sa Presse et le second lit dans les pensées de sa maîtresse. Elle va prendre les nerfs dans une demi-heure…. miaou! Elle procède à un balayage visuel: une tonne de vêtements, un arc-en-ciel de couleurs, de froufrous, de cuir et de dentelles. Spontanément, elle s’agrippe aux premiers cintres et ouvre grand les bras. Elle dépose la première cueillette sur son lit Queen. N’est-elle pas la Queen du magasinage compulsif? Elle passe ainsi à travers la première pôle, en 15 minutes… Déjà, une montagne de vêtements s’entasse sur le lit.

Fière d’elle, Carole n’a même pas consulté son Gilles pour confirmer ses choix. Assez, c’est assez, pense-t-elle.Je vais faire une femme de moi.

– «Gilles, peux-tu m’apporter un p’tit café?» Son petit mari s’exécute. En arrivant dans la chambre, il aperçoit le tas de linge.

– «Ça va bien ton affaire Caro!» Les yeux rivés sur son lit, il aperçoit sa petite robe rouge, qui boutonne dans le dos.»

– «Hein! Tu te débarrasses de ta petite robe rouge? Elle te va si bien! Puis, ce sont de beaux souvenirs pour moi, dit-il, notre premier anniversaire de mariage, notre premier Noël, le baptême de Charlotte, les vacances à Cuba, puis, tu te rappelles la fois dans l’auto à Thedford Mines?… Non, pas ta robe rouge, tu peux pas me faire ça! Je voulais que tu la mettes au party de bureau, la semaine prochaine. Non, pas ta robe rouge!»

Carole écoute son mari, la bouche ouverte et le regard inquiet. Elle n’en croit pas ses oreilles, lui qui ne se mêle jamais de rien; lui qui, pour acheter la paix, ne s’exprime sur rien. Gilles, son compagnon drabe et silencieux, celui-là même qui ne s’aperçoit jamais de sa nouvelle coiffure, de son nouveau parfum, de ses souliers extravagants, d’une nouvelle recette de lasagne… Son Gilles se manifeste sur sa maudite petite robe rouge!

Si son mari connaissait l’histoire de sa robe rouge, il serait le premier à la donner à «Renaissance». Le fait est que cette robe lui a été offert par un amant de passage. Et oui, cela arrive mon Gilles! Un homme que Carole a connu au tout début de leur relation. Une histoire sans histoire justement. Devant le désarroi de son chum, Carole ne peut que sourire.

–«Tu l’aimes ma robe rouge?», lance-t-elle. «C’est vrai qu’elle me va bien, et puis t’as raison, Gilles… tant de souvenirs! C’est bien, je la garde, t’es content?»

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