L’Île-des-Sœurs : les modes architecturales qui se côtoient
Philippe Lupien, professeur à l’École de design de l’Université du Québec à Montréal, architecte, architecte-paysager et animateur de Visite libre sur ICI artTV, dénote qu’il y a plusieurs types d’architecture, témoins immobiles d’époque différentes.
Il rappelle que L’Île-des-Sœurs a longtemps résisté au développement – c’est la construction du pont Champlain en 1962 qui a relancé le territoire. «Soudainement, l’architecture de la densité contemporaine a pu s’installer dans un endroit où il n’y avait rien. C’est extraordinaire, parce que ce sont des occasions de voir – un peu comme Pompéi qui s’est figé dans le temps à cause du Vésuve – L’île-des-Sœurs à ce moment-là. C’est une photo de 1962-1963», explique le professeur.
Les nouvelles constructions côtoient donc les anciens bâtiments qui ont été développés avec un souci du paysage. Ludwig Mies van der Rohe, un des plus grands architectes du monde à cet époque, a d’ailleurs laissé sa trace sur l’Île, notamment en créant l’ancienne station-service, construite en 1968 et faisant partie du Répertoire du patrimoine culturel du Québec. M. Lupien exprime qu’«il y a eu un travail extraordinaire de paysagement, c’est une cité jardin – la première de l’après-guerre.»
Les trois tours d’habitation de Mies van der Rohe, que l’on trouve également à L’Île-des-Sœurs, rendent jalouses les plus grandes villes. «Toutes les villes dans le monde rêvent d’avoir des tours de Mies van der Rohe. (…) Elles sont des objets d’intérêt», argue l’architecte.
Le professeur signale d’ailleurs un aspect majeur de l’Île-des-Sœurs, soit la ségrégation des circulations automobiles et piétonnes, une première à l’époque. «La circulation automobile est vue comme fonctionnelle, alors que la circulation piétonne est là pour encourager le plein air, la prise en charge communautaire, etc. C’est un concept moderne – systématique. (…) On commence à mettre l’humain au centre des préoccupations du développement de la ville», déclare le spécialiste.
L’architecture moderne
M. Lupien avoue qu’il ne fait pas de détour vers L’île-des-Sœurs pour faire découvrir son architecture «à part pour la station et les tours de Mies van der Rohe». Par contre, il souligne que c’est le spectacle paysager qui l’intéresse.
L’architecture des nouvelles constructions suit les tendances – comme les modes, ça deviendra moins d’intérêt. Bien qu’elles soient les premières bâtisses que l’on voit en visitant L’Île-des-Sœurs, les nouvelles tours élevées ne sont pas ce qu’il y a de plus intéressant sur le territoire. Pour le spécialiste, ce sont les bâtiments moins élevés qui se démarquent – comme le SAX ou la pyramide de la rue Berlioz.
«Ces bâtiments ont par contre la chance d’avoir un paysage spectaculaire auquel s’adresser. C’est sous-entendu dans la notion de tendance qu’un jour, ça ne soit plus tendance. C’est cyclique. Ça va et ça vient», admet l’animateur.
Le professeur a voulu lancer un appel aux autorités municipales: «Elles devraient encourager les promoteurs à être plus innovateur, à se dépasser. Ça fait partie du code génétique de l’île de maximiser cela le plus possible.»