La guerre à l’hiver: Réveillez-moi quelqu’un !
Pour ce faire, tous les moyens sont bons et on s’attaque sauvagement à tous les tas de neige, du plus petit au plus gros. On gratte toute cette affreuse substance blanche qui recouvre nos beaux trottoirs de béton et nos rues d’asphalte. Mort à la neige et à la glace. Tout doit disparaître rapidement, jusqu’au moindre flocon.
Négation de nos hivers
Réveillez-moi quelqu’un! Suis-je la seule à trouver absurde cette négation de nos hivers? Suis-je la seule à m’indigner que l’on dépense nos taxes pour s’acharner sur la neige qui recouvre les trottoirs, à un point tel qu’après chaque passage de l’armée de déneigeurs, on pourrait se promener en chaussures en plein mois de décembre? Suis-je la seule à se fâcher quand les chenillettes débarquent dès qu’il tombe 5 cm de neige, arrachant la pelouse sur nos terrains?
Dans le secteur où nous habitons, les charrues, chenillettes et autres tracteurs vont même jusqu’à gratter le terre-plein gazonné qui se trouve entre le trottoir et la rue. Ils avancent et reculent, soulevant et abaissant méthodiquement leur grosse pelle entre chaque arbre, contournant les clôtures à neige qui tentent en vain de les protéger, arrachant le gazon et exposant la terre.
On ne parle pas ici d’une artère commerciale achalandée, mais d’une paisible rue de banlieue où les parents doivent se dépêcher de promener leurs enfants en traîneau avant que la Ville n’envoie ses troupes.
Pourrait-on se contenter de déblayer les rues et les trottoirs pour les rendre sécuritaires? Voir la beauté d’un trottoir blanc bordé de neige? D’une rue enneigée sur laquelle on conduira plus lentement?
Déneigement sauvage
Je me révolte contre ce déneigement sauvage et contre l’énergie et les fonds publics investis dans cette lutte à l’hiver. Je m’indigne devant la fumée noire qui s’échappe des cheminées de ces engins destructeurs et contre la pollution sonore que l’on nous impose.
Chaque année, de nombreux arbres sont blessés et des branches cassées par ces machines. La semaine dernière c’est un arbre complet qui a été abattu par un tracteur à côté de chez nous. Un magnifique érable de 5 mètres de hauteur, que nous regardons pousser lentement depuis presque quinze ans. Arraché. Il repose sur la pelouse de mon voisin dans son linceul blanc et glacé, victime innocente de la civilisation et de notre refus d’accepter et d’embrasser l’hiver.
Geneviève Colpron