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Laissons entrer le soleil

Il démarre sa BMW… un parfum connu l’accompagne. Il commence à peine à s’orienter. Son cellulaire sonne. Heureusement qu’il avait activé son oreillette. Il n’a même pas fini de dire allô… – Fred, veux-tu ben m’dire où t’es? – Comment? – Ah toi, mon ratoureux, t’es pas encore sorti des nuages. Grouille man, j’me marie à 4 heures et j’peux pas le faire sans mon garçon d’honneur!

Peu à peu, la lumière s’allume dans la tête de Fred. Le « party » de bureau était en fait l’enterrement de vie de garçon de son bon vieux chum et collègue. Il aperçoit l’enseigne familière de sa chaîne de café de prédilection et sens l’appel urgent d’un espresso bien tassé. Rien de mieux pour finir de dégager les fils d’araignée qui encombrent son esprit.

Dans le café, une grosse affiche publicitaire présente un visage au regard de feu et son slogan « Julie le préfère bien corsé ». Fred avale inconfortablement sa salive. En attendant sa commande, il jette un coup d’œil à son téléphone et remarque une demande d’ami Facebook: Julie Tremblay veut être votre amie.

Dès qu’il reçoit sa petite tasse, Fred ne fait ni une ni deux et s’enfile une lampée d’espresso derrière la cravate. Un Italiano vero. Il remonte dans son antre fulgurant et y retrouve cet indescriptible parfum qui semble désormais envahir l’habitacle.

Il démarre, s’engage sur l’autoroute. Un panneau publicitaire en bordure de la route: « Julie l’aime pour sa performance », signait la célèbre firme allemande. Le panneau suivant montre une bouche orangée s’apprêtant à avaler une cuillerée de yogourt en disant: « son choix est ferme ». Le prochain panneau illustre une plage invitante typiquement caraïbéenne, où l’on peut lire: « Au pied des vagues, le paradis de Fred et Julie ». Fred secoue la tête pour faire échec à l’étrange sensation d’inconfort qui l’envahit. Puis il lève les yeux, tous les panneaux sont blancs et n’affichent qu’un seul mot: JULIE.

– Monsieur. Monsieur. Réveillez-vous. On amorce la descente. Il faut vous attacher.

Sentant une main ferme sur son épaule, il écarquille les yeux et reconnaît le minois charmant penché sur lui. Elle est vêtue du classique tailleur de sa profession… et un insigne où il est écrit: Julie Tremblay.

– Ça va Monsieur?

– Oui, oui.

– Il faut vous attacher. Nous arrivons à San Francisco.

Ah ces foutus médicaments. J’ai beau les détester, je ne peux pas prendre l’avion sans les avaler. Respire mon Fred, c’est presque terminé. Agrippe-toi bien à ton siège. Peut-être qu’une fois au sol, tu trouveras même le courage de demander à Julie, l’air détaché, de t’accompagner au mariage de ton vieux chum.

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