Un Noël nostalgique pour des membres du Groupe d’entraide Lachine
Les membres du Groupe d’entraide Lachine (GEL) sont tous touchés par des problèmes de santé mentale. Ensemble, ils se sont fait un réveillon bien à eux, trois jours avant Noël. Ils préparaient leur fête quand nous sommes entrés dans leur local de la rue Notre-Dame.
Il y flottait une joyeuse ambiance et on y sentait beaucoup de fébrilité, à quelques jours du repas de Noël qu’ils ont partagé lundi dernier (le 22 décembre).
C’est assurément un baume sur la vie personnelle de ces gens, puisque en privé, Noël et le Jour de l’an seront célébrés dans la solitude, ou presque, pour plusieurs d’entre eux.
C’est notamment le cas de Nancy Duguay, 39 ans, et de son amoureux, Stéphane Sévigny, 45 ans, qui se fréquentent depuis quatre mois et qui fêteront ensemble pour la première fois.
De part et d’autre, la famille est pratiquement inexistante.
«Je n’ai pas été aimée, je me suis toujours sentie de trop, tant auprès de mes parents naturels que dans ma famille d’accueil», confie sans pudeur Nancy, qui ne cache même pas ses cinq tentatives de suicide.
Revenir de loin
«J’arrive de loin; aujourd’hui, je n’ai plus d’idée suicidaire, je sais ce que je veux et je vis un jour à la fois», ajoute la volubile Nancy, tout en tricotant des pantoufles, assise à une table du centre de jour du GEL, rue Notre-Dame, à Lachine.
Nancy est bien collée sur son chum, Stéphane, qui est beaucoup moins bavard. Il travaille comme trieur au centre RAMI (RécupérAction Marroniers Inc.) à LaSalle, qui embauche une main-d’œuvre singulière, formée notamment d’handicapées physiques et intellectuels.
Nancy se dit «contraignante à l’emploi», c’est à dire qu’elle ne peut évoluer dans un milieu de travail normal. Elle fréquente le Groupe d’entraide Lachine depuis 2009 et réside seule dans son logement des Habitations Normand-Bergeron, administrées par le GEL, dans une formule de supervision assurée par une personne-ressource en santé mentale.
Tristesse et nostalgie
De son côté, Diane Duperron, 63 ans, vit seule depuis plusieurs années. Elle passera peut-être les Fêtes avec son fils et son petit-fils, mais ce n’est pas sûr, et avec sa sœur atteinte d’un cancer.
«Je suis toujours triste et nostalgique à Noël, c’est comme cela», lance la cuisinière du GEL, qui s’affaire justement à la préparation du repas traditionnel de Noël partagé le 22 décembre. C’est elle aussi qui prépare la soupe du jour au GEL.
Malgré son histoire personnelle difficile, Diane est une personne dynamique, affable et souriante. Elle semble d’ailleurs très appréciée par tous ceux et celles qui l’entourent au moment de sa rencontre avec «Le Messager».
Michel Ferland, 58 ans, a fait une «grosse dépression» en 2003. Il a été col bleu à LaSalle, travaillant comme signaleur. Il passera Noël avec sa mère, qui vit en centre d’hébergement, et au Jour de l’an, il sera reçu par son frère. «Je serai serein aux Fêtes», a-t-il affirmé.
André Racine est membre du GEL depuis sa création, il y a 15 ans. Lui aussi a été col bleu, à Lachine. Il a été employé saisonnier pendant neuf ans.
«C’est une série d’événements qui m’ont amené en dépression, dit-il, sans vouloir élaborer davantage. Aujourd’hui, je vais mieux. Je me suis impliqué dans le programme d’habitation du GEL».
André fait partie du conseil d’administration de l’organisme lachinois et il est aussi un des quatre employés, incluant Diane Duperron, dans le cadre du Programme d’aide et d’assistance sociale PAAS-Action, financé par Emploi-Québec.
Véronique Morin, 26 ans, est une artiste dans l’âme. Malgré son jeune âge, elle a vécu de grandes périodes de stress, mais est tout sourire depuis son arrivée au GEL, où elle anime des ateliers d’art plastique. Sa mère est près d’elle, agissant comme bénévole au Groupe d’entraide.
Quoi qu’il en soit, pour la directrice du Groupe d’entraide Lachine, Caroline Descary, une chose est certaine, «tous ceux et celles qui fréquentent le centre de jour du GEL, sur la base d’un libre-choix dans leur participation aux activités, cheminent sur eux-mêmes, et c’est très bon pour leur estime personnelle».