Graffitis sur le Plateau : des propriétaires sonnent l'alarme
Sur certains tronçons de l’avenue du Mont-Royal, les bâtiments qui ne portent pas les marques des vandales se font rares. Entrées de commerces, façades et vitrines : les canevas improvisés ne manquent pas aux graffiteurs.
Elvis Tzanetakos est gestionnaire de deux immeubles commerciaux appartenant à son père, Costas Tzanetakos. Dans les trois derniers mois, la devanture de l’une de ses bâtisses a été vandalisée à deux reprises. Au mois de janvier, après le premier incident, il l’a nettoyée. Moins d’un mois plus tard, un autre tag est apparu au même emplacement
« Mon locataire n’aime pas ça. Je n’ai donc pas le choix, je dois nettoyer. Parfois c’est plus difficile, ça dépend de la peinture que les vandales utilisent. »
Martino Ferraria, lui, est propriétaire d’un immeuble au coin de la rue de Bullion et l’avenue du Mont-Royal. L’atelier de mécanique et d’entretien automobile qui s’y trouve est une cible particulièrement appréciée des graffiteurs.
« Dans mon cas à moi, il y en a beaucoup. En 2013, j’ai peinturé deux fois la porte. Mais en vain, c’est revenu au même stade. Ça fait garage de fond de cour. Sur le côté de l’immeuble, j’ai un mur brun. Je l’ai peinturé à l’automne pour cacher des tags. Mais déjà, il y a encore de nombreux graffitis. »
Un fléau difficile à enrayer
Les graffitis réapparaissent si rapidement que M. Ferraria ne se donne même plus la peine de les effacer.
« Trop de propriétaires ont l’impression qu’il n’y a rien à faire, qu’il n’y a pas de solution. À chaque coin de rue, on voit des graffitis. C’est un bel arrondissement, je ne comprends pas pourquoi on ne met pas plus d’efforts. »
Or, selon Alex Norris, conseiller municipal du district Jeanne-Mance, l’administration Ferrandez est très au fait de l’importance du problème. Il rappelle que les élus ont multiplié les mesures pour tenter de contrer les graffiteurs.
En plus d’avoir décuplé le montant des amendes imposées aux contrevenants, l’arrondissement réclame maintenant des frais de dédommagement auprès des graffiteurs épinglés ou, s’ils sont mineurs, à leurs parents. Ceci lui a permis de récupérer 35 000 $.
L’arrondissement a également financé des projets d’art urbain pour essayer de canaliser l’énergie créative des jeunes.
Mais les efforts tardent à porter leurs fruits.
« Ce n’est pas une étude scientifique, mais de ce que je peux observer, les choses ne se sont pas améliorées. C’est ni mieux ni pire qu’avant, remarque Alex Norris, conseiller municipal du district Jeanne-Mance. À ce stade-ci, nous sommes en mode analyse. On examine le dossier pour voir ce que l’on pourra faire de plus pour améliorer la situation. »
Pour aider les propriétaires d’immeubles, l’arrondissement leur offre un service de nettoyage gratuit. Mais effacer les traces des graffiteurs peut coûter cher. L’administration y dédie 290 000 $. Cela s’ajoute aux 110 000 $ prévus pour entretenir les bâtiments du domaine public.
En 2013, l’arrondissement a fait près de 3000 interventions. La plupart ont été le résultat d’un repérage effectué par des patrouilleurs. Secteur par secteur, ils ciblent d’abord les endroits jugés prioritaires. Après le nettoyage d’une zone, s’il y a récidive, ils peuvent intervenir à la demande des particuliers. Dans ces cas, l’arrondissement tente d’y répondre dans la semaine.
C’est trop peu selon M. Tzanetakos.
« La ville nettoie les graffitis qui sont visibles à partir des rues. Le service est gratuit, mais on ne sait pas quand ils vont passer. Ça peut rester comme ça longtemps. Moi, je ne peux pas rester avec des graffitis pendant des semaines. Je fais donc le nettoyage, mais ça me coûte mes heures à moi. »
Le lot des grandes villes
« On connait la valeur immobilière dans le Plateau. Conséquemment, la valeur locative augmente aussi. À ce prix, les locataires ne veulent pas faire des affaires dans un environnement plein de graffitis », soutient M. Tzanetakos.
M. Ferraria abonde dans le même sens. Selon lui, ce n’est rien de moins que la vitalité commerciale de l’avenue qui est en jeu.
« C’est rendu quasiment insupportable. On est censé faire partie d’un soi-disant quartier privilégié – tout est cher, tout est beau —, mais le touriste qui passe ici va se dire “wow, le plateau c’est dégueulasse, il y a du vandalisme partout. ” Au montant de taxes qu’on paie, on devrait voir plus de propreté. »
John Fogarty, commerçant et vice-président de la Société de Développement de l’Avenue du Mont-Royal (SDAMR), n’est pas de cet avis.
« À Montréal, les gens sont habitués de voir des graffitis. Ce n’est pas quelque chose de si nocif. Il y a des beaux, il y en a qui sont plus laids. C’est le lot de toutes les grandes villes. »
Il ajoute que les propriétaires d’immeubles ont, eux aussi, leur part de responsabilité.
« Si le propriétaire ne l’enlève pas, il est sujet à en avoir un deuxième et un troisième. Les graffiteurs vont là où ils voient un laisser-aller. Si l’on n’en veut pas, il faut prendre ses responsabilités et les enlever. »