Avalanche meurtrière sur l'Everest : un alpiniste du Plateau raconte le drame
Par Frédérique Charest
« C’était véritablement un vendredi noir », se rappelle sobrement le Dr Bouthillier.
Pourtant, jusqu’au matin du drame, son périple s’annonçait fantastique.
Neurochirurgien au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), il s’était rendu au Népal avec son équipe d’alpinistes dans le cadre d’une campagne de financement pour la recherche sur l’épilepsie.
Depuis un an, à raison de trois séances d’entraînement par semaine, il préparait son cœur et ses muscles à la rigueur du défi sportif qui l’attendait.
À 6 h 30, le jour de la tragédie, il était endormi dans sa tente au camp de base de l’Everest. C’était un dernier moment de repos avant d’amorcer la difficile ascension de la montagne.
Tout à coup, un bruit l’a réveillé.
« On entend des avalanches toutes les heures et celle-ci sonnait comme tant d’autres. Pourtant, lorsque nous sommes sortis de nos abris, il y avait un affolement, un sentiment de consternation », raconte-t-il.
Une avalanche avait balayé la cascade de glace, une voie crevassée qui relie le camp de base au premier point de relais des alpinistes.
Au total, 16 sherpas ont perdu la vie dans cette avalanche; la plus meurtrière de l’histoire de l’Everest.
« Rapidement, les secours sont arrivés. Le gouvernement népalais a déployé trois hélicoptères pour aller chercher les blessés et les dépouilles des personnes décédées. Un à un, les secouristes les ont ramenés au camp de base. On pouvait voir les corps suspendus à des cordes attachées aux hélicoptères. »
Il en a fallu de peu pour que le Dr Bouthillier fasse également partie du nombre.
« On devait être sur la cascade de glace au moment de la tragédie, mais il y a eu 24 heures de retard dans notre horaire. C’est ça qui nous a sauvé. »
Tristesse et indignation
Dans les heures qui ont suivi, un calme étrange s’est répandu dans le camp de base. Les sherpas ont obtenu congé durant quatre jours pour qu’ils puissent se recueillir et se rendre auprès de leur famille.
« C’était difficile de les regarder dans les yeux parce qu’on sentait le malaise. Parmi eux, il y en avait même qui menaçaient de s’attaquer physiquement aux alpinistes qui oseraient monter. Il y avait un climat de tension », raconte le Dr Boutillier.
Les sherpas assistent les grimpeurs en transportant leur équipement du camp de base vers le premier et le deuxième camp. Compte tenu de leurs nombreuses montées et descentes, ce sont eux qui sont le plus à risque d’être les victimes des catastrophes.
« Après l’avalanche, il y a eu de l’empathie et de la compassion pour eux. On était révolté de constater leurs conditions de travail. Ils n’ont pas d’assurance, ni pour la vie, l’invalidité ou la maladie. C’est donc l’occasion de faire valoir leurs droits auprès du gouvernement », souligne-t-il.
Une remise en question
Bouleversé, le Dr Bouthillier a quitté le camp de base quelques jours après la tragédie pour se rendre à Katmandou.
« J’ai décidé de mettre un terme à l’escalade par respect pour les revendications des sherpas et à cause d’une certaine violence qui pouvait survenir. »
Depuis son départ, sa passion pour l’alpinisme en est ébranlée.
« Quand on voit tous ces corps descendre, on se rend vraiment compte que c’est un risque important et que de grimper n’est pas un geste anodin. C’est sûr que je ne retournerai pas à l’Everest avant deux ans, le temps de réfléchir à tout ça. Je ne prévois pas nécessairement abandonner l’alpinisme, je n’ai pas encore pris ma décision, mais je dois me remettre de cet événement », confie-t-il.
Même s’il n’a pas pu atteindre le sommet de l’Everest, le Dr Bouthillier a réussi à récueillir plus de 100 000 $ pour la recherche sur l’épilepsie. Lire autre texte sur sa collecte de fonds : http://bit.ly/SAOb4j.