La douce mélodie des mots
C’est lors d’un voyage à Berlin que Sylvie Potvin a vu dans un parc des gens assis en cercle autour d’une personne lisant à haute voix un livre. Les passants pouvaient s’approcher, s’asseoir et écouter le lecteur. C’était un événement commémoratif de l’autodafé de 1933 en Allemagne. Quelques années plus tard, elle a décidé de reprendre le concept à son compte et de l’installer tout près de la fontaine du merveilleux parc Baldwin.
Lire et dire les Amériques
Pour cette première édition, les Lecteurs du parc Baldwin ont pour thème les Amériques. « J’ai été inspiré par l’artiste visuel René Derouin, explique la conceptrice de l’événement qui se tiendra jusqu’à la fin de juillet. Au lieu de se rendre à Paris pour y être anobli en quelque sorte, il a plutôt décidé de prendre l’autobus et de partir vers le Mexique. Là-bas, il a pu côtoyer des artistes comme Diego Rivera. Aujourd’hui, il vit à Val-David et y invite des artistes sud-américains. Je voulais comme lui mettre de l’avant la place qu’occupent les Amériques dans la littérature. Être dans le contentement de ce que nous faisons ici. »
Ainsi, sont entre autres à l’honneur lors de ces lectures : Haïti, avec L’énigme du retour de Danny Laferrière; le Liban par la voix d’Abla Farhoud, avec Le bonheur a la queue glissante; la Colombie, avec Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez; le Québec, avec Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Sauvier et La petite et le vieux de Marie-Renée Lavoie; ainsi que New York dans Gatsby le magnifique de Francis Scott Fitzgerald. Les lectures se font le jeudi, vendredi et samedi de 20h à 20h30. Pour les enfants, plusieurs contes sont lus à partir de 19h, du jeudi au samedi, et de 16h, les dimanches. Plusieurs écrivains et comédiens participent à ce projet, dont Abla Farhoud et Suzanne Champagne, les Lectrices du 13 au 14 juin dernier.
Un beau défi
L’auteure d’origine libanaise, Abla Farhoud, explique que ces lectures représentent une opportunité extraordinaire. « C’est rare pour un auteur de lire aussi longtemps. Généralement, nous lisons deux ou trois minutes », affirme-t-elle en souriant. Elle ajoute toutefois que c’est un exercice difficile. « Une fois qu’un livre est terminé, je ne le relis jamais. En lisant aujourd’hui Le bonheur a la queue qui glisse, écrit il y a 15 ans, je retrouve des choses que j’avais complètement oubliées. Ce qui est étrange, c’est que l’émotion me revient intensément. » De fait, alors que les mots voletaient entre le feuillage des arbres du parc pour saisir l’âme des spectateurs, Mme Farhoud a dû marquer une pause sur une ligne lui rappelant sa mère.
Plus habituée à utiliser sa voix pour donner vie à des personnages, la comédienne Suzanne Champagne s’est quant à elle empressée d’accepter de se prêter au jeu en lisant pour un public auquel elle n’était pas accoutumée. En effet, elle a lu des chapitres du Voleur de grand-mère de Gilles Tibo à une trentaine d’enfants rassemblés autour d’elle sur l’estrade rouge du kiosque situé près de l’angle des rues Marie-Anne Est et Fullum. « Je n’ai lu pour des enfants qu’une seule fois. Donc, il a fallu que je m’adapte. C’est d’ailleurs une des difficultés que pose une lecture à haute voix. Il faut un livre qui parle à la majorité des auditeurs », déclare Mme Champagne.
À cela, Mme Potvin ajoute que c’est un grand défi tant pour le comédien que l’écrivain. « Cela demande une grande attention au niveau de la prononciation, de la vision périphérique, de la position du corps, etc. C’est la raison pour laquelle j’ai proposé une demi-heure de lecture chaque soir. » D’ailleurs, celle-ci donnera un atelier sur le thème « Devenir un lecteur » le 25 juillet pour clore cette première. Au final, elle se dit très satisfaite et espère voir fleurir d’autres kiosques dans la métropole. En secret, Mme Champagne opine à cette idée. « J’aimerai beaucoup l’implanter à Longueuil », confie-t-elle, les yeux enjoués.
Les détails et la programmation complète sur http://leslecteursauparc.blogspot.ca/
Rémy-Paulin Twahirwa