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Maintenir les ateliers d’artistes

À l’occasion d’une séance extraordinaire matinale, le conseil d’arrondissement du Plateau-Mont-Royal a adopté le 5 mars une série de changements réglementaires visant à préserver et à soutenir les ateliers d’artistes situés dans les mégastructures du secteur Saint-Viateur Est.

Les artistes du quartier Mile End, dont les bureaux se déploient notamment dans les anciennes manufactures textiles de la rue de Gaspé, tirent depuis plusieurs années la sonnette d’alarme, dénonçant la forte spéculation immobilière dont ils sont victimes et craignant l’effritement d’une communauté artistique dont la vitalité se démarque à travers le pays. (Voir article « L’art en péril » dans Le Plateau du 12 octobre).

Le lundi 5 mars, l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal a adopté un règlement visant une modification au plan d’urbanisme de la Ville de Montréal. « Ces mesures visent à préserver et à soutenir le développement des ateliers d’artistes, à mettre des conditions favorables pour l’économie créative de pointe et à préserver la mixité des usages dans le secteur », a expliqué le conseiller Richard Ryan en conférence de presse.

Ledit secteur est délimité par le boulevard Saint-Laurent à l’ouest, la rue Henri-Julien à l’est, la rue Maguire au sud et les voies du Canadien Pacifique au nord.

Nouvelles mesures

La mise en place d’un nouveau cadre réglementaire vient limiter la superficie et l’emplacement de certaines activités (notamment les industries lourdes) qui pourraient mettre en péril la présence des ateliers d’artistes.

Par exemple, le développement d’entreprises de plus de 500 mètres carré est interdit pour tout usage autre que les ateliers d’artistes. « Il ne sera plus possible d’obtenir des agrandissements ou des nouvelles occupations pour certains usages industriels, a ajouté Richard Ryan. Il deviendra également impossible de vider des étages complets pour installer une grande entreprise ».

De plus, toute construction ou conversion à des fins résidentielles sur les rues Casgrain (côté est) et de Gaspé (entre Maguire et Bernard) est dorénavant interdite.

Qui dit interdiction de projets résidentiels dit création d’une zone d’emplois. « Le projet de modification du plan d’urbanisme créera un secteur d’emplois, à mixité commerciale, sur le territoire des anciennes manufactures, au nord de la rue Maguire, entre les avenues Casgrain et Henri-Julien », peut-on lire dans le communiqué de presse émis par l’arrondissement.

« Nous voulons ainsi confirmer notre vision de faire de ce secteur un pôle de développement des entreprises innovantes, tout en maintenant des ateliers d’artistes qui sont fragilisés depuis quelques années par la pression immobilière », a mentionné le conseiller Ryan, évoquant du même souffle une urgence d’agir pour freiner l’exode des créateurs vers d’autres milieux. « Le secteur Saint-Viateur est le foyer le plus important de création et de production artistique à Montréal et possiblement au Canada. Il doit le rester. »

Une victoire partielle

Comme le nouveau plan d’urbanisme doit passer par plusieurs étapes – dont une consultation publique à l’été 2012 – avant d’être voté au conseil municipal de l’automne prochain, l’arrondissement a joué de prudence en votant un règlement de contrôle intérimaire qui provoque un gel immédiat des transformations.

Sans contrôle intérimaire, certains propriétaires du secteur auraient notamment pu s’empresser, croit l’arrondissement, de convertir des ateliers d’artistes en condos, histoire de monter le loyer et d’empocher les profits. Aujourd’hui, ces lieux sont protégés. « Ce type de règlement peut avoir un enjeu majeur sur la pression immobilière et sur les demandes de permis, car tous les gens tombent en droit acquis à partir d’aujourd’hui », mentionne M. Ryan, confirmant que ces changements réglementaires se sont déroulés en catimini.

« Cette mise en place de règlement est une victoire partielle, estime Pierre Przysiezniak, peintre et concepteur scénique, qui loue un local dans la mégastructure du 5455, de Gaspé depuis 10 ans. C’est un premier exemple de l’engagement concret d’un des paliers gouvernementaux. Avoir un appui politique va nous donner plus de poids pour négocier avec les spéculateurs, propriétaires et autres acteurs ». M. Przysiezniak est aussi membre de Pied Carré, un regroupement d’artistes qui lutte pour le maintien, la préservation et la bonification des espaces de création du secteur Saint-Viateur Est.

« Ça va aussi nous donner plus de temps pour négocier avec les propriétaires pour trouver des terrains d’entente, pour obtenir des engagements avec d’autres partenaires, etc. », ajoute-il.

À noter que les mesures adoptées le 5 mars prévoient aussi l’ajout du terrain du Champ des possibles à la carte des parcs et espaces vers du plan d’urbanisme de la Ville de Montréal. « Ça dénote une volonté de décloisonner un quartier désormais vital de l’arrondissement », commente Richard Ryan.

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