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Une fille de l’Est qui a du cran

Une fille de l’Est qui a du cran
Carol-Ann Gendron, résidente de Tétreaultville, est une des rares femmes à participer à des combats de mots au sein des WordUP! Battles. Crédits : Naomie Gelper

Même si la parité est loin d’être atteinte, les femmes n’ont jamais été autant présentes dans l’univers du Hip hop que maintenant. L’une d’elle, très impliquée dans le milieu depuis longtemps, a grandi dans l’est de la ville.

Depuis son jeune âge, Carol-Ann Gendron, s’intéresse au Hip hop et assiste à presque tous les spectacles de rap québécois. « Les gens du milieu me connaissent comme la fille trop intense qui va dans tous les événements, raconte-t-elle. C’est comme ça que j’ai commencé à faire tranquillement ma place. »

Dans un milieu où les femmes sont minoritaires encore aujourd’hui, Carol-Ann a décidé de s’investir encore plus en participant au WordUP! Battles, la première ligue de combat de mots a capela de la francophonie mise sur pied par Rémi Sainte-Marie. « Il y a moins de femmes qui s’impliquent dans l’univers du battle rap, car c’est une branche de la culture du Hip Hop, une culture à prédominance masculine », estime celui qui est aussi connu sous le nom de FiligraNn.

Un « rap battle », combat de mots en français, est une compétition entre rappeurs qui s’échangent leurs meilleures lignes spontanées, dont l’issue se juge grâce à un jury. Il existe des ligues de combat de mots partout à travers le monde et maintenant à travers le Québec, dont les WordUP! Battles.

« Je me suis fait initier aux WordUP! Battles via YouTube, autour de 2011, par un ami rappeur », se souvient Carol-Ann Gendron. C’est seulement au mois d’août dernier qu’elle a décidé de participer aux auditions. Son assurance, sa capacité d’autodérision ainsi que son expérience en théâtre et en improvisation ont fait en sorte que Carol-Ann était à l’aise avec le concept et a su bien performer.

Voir l’audition de Carol-Ann Gendron aux WordUP! Battles

Mieux qu’avant mais…

À titre d’exemple, lors des auditions des WordUP! Battles, Carol-Ann était la seule femme à participer. Il y a en tout quatre femmes « battle rappeuses » présentement, alors qu’à même date l’an dernier, il n’y en avait qu’une seule.

« Il y a de plus en plus de femmes présentes aux événements, remarque Rémi Sainte-Marie. Il y a plus de femmes qui s’inscrivent aux auditions et plus de femmes dans les WordUP! X, la bannière sous laquelle on fait les événements depuis 2 ans ». Selon lui, les rappeuses gagnent à s’impliquer et le mouvement bénéficierait de plus d’implication féminines.

Bien que Carol-Ann note également une évolution, elle souligne que le milieu des combats de mots est « assez sans pitié » face aux femmes ayant un lien avec les participants « battle rappeurs », comme les blondes, les amies, les ex, les mères ou les sœurs de ceux-ci. « Attaquer une femme dans l’entourage de l’homme pour atteindre l’homme, c’est un classique en battle », juge-t-elle.

Le fait que les filles qui sont actives dans le battle rap présentement réussissent assez bien – et qu’elles reviennent souvent – peut influencer positivement les autres filles qui hésitent à se lancer. — Carol-Ann Gendron

La jeune femme dit ressentir elle-même une certaine forme de discrimination lorsqu’elle cherche un partenaire pour ses combats de mots. « J’ai souvent entendu des garçons dire qu’ils ne veulent pas affronter de filles parce qu’ils ne veulent pas ‘passer pour telle chose’ ou ‘avoir l’air de violenter les femmes’ », explique-t-elle.

Carol-Ann Gendron est à ses tout débuts en combat de mots, mais selon Rémi Sainte-Marie, elle a démontré du potentiel. « C’est le fun de voir des femmes s’impliquer ainsi avec de la fougue, ça met de la vie », pense-t-il.

La prochaine compétition à laquelle participera Carol-Ann se déroulera le 14 décembre prochain au Troquet à Gatineau.