Montréal
18:17 1 octobre 2020 | mise à jour le: 1 octobre 2020 à 18:36 temps de lecture: 4 minutes

Itinérance: un campement de fortune à Montréal-Nord

Itinérance: un campement de fortune à Montréal-Nord
Photo: Olivier Faucher/MétroLe campement de fortune a été relocalisé par l’arrondissement sur un terrain lui appartenant, à l’extrême est de la rue de Charleroi.

Des personnes en situation d’itinérance qui ont érigé un petit campement de fortune à Montréal-Nord ont moins d’un mois pour trouver un autre endroit où passer la nuit. L’arrondissement compte le démanteler le 22 octobre.

Au début de la pandémie, un premier campement avait été aménagé derrière la bibliothèque Henri-Bourassa. Lorsque cette dernière a rouvert ses portes lors du déconfinement printanier, l’arrondissement de Montréal-Nord a décidé, après avoir consulté les occupants, de le relocaliser vers un dépôt à neige de la rue de Charleroi.

Depuis des mois, ils sont environ cinq à vivre dans ce campement de fortune, où sont installées quelques tentes, près du chemin de fer. Une scène plus modeste, mais qui évoque tout de même l’imposant campement qui a apparu cet été sur la rue Notre-Dame Est.

Il s’agit d’un phénomène nouveau pour l’arrondissement de Montréal-Nord qui ne compte à peu près pas de ressources en la matière.

Des organismes ont tout de même fourni de l’aide aux personnes itinérantes. L’arrondissement a installé une toilette chimique, des tables à pique-nique, ainsi qu’un abri.

«Construisez-les, les logements sociaux»

Robert, 52 ans, est l’un des occupants. Il explique que c’est la pandémie qui l’a entraîné dans cette situation.

«J’ai perdu mon emploi et mon logement à cause de la pandémie», explique-t-il.

Comme ce qu’ont affirmé d’autres occupants que Métro a rencontrés, Robert raconte avoir entamé en vain de multiples démarches pour se loger dans le quartier.

«Je veux rester à Montréal-Nord et trouver un logement. On a fait beaucoup de recherches, mais il n’y en a pas.» -Robert, occupant du campement

Alain, 63 ans, est dans la rue depuis le début de l’année 2019. Victime d’une «rénoviction», il a été incapable de retrouver un appartement abordable dans le quartier.

«Si vous avez l’argent, construisez les au plus christ les logements sociaux», dit-il

Démantèlement prévu

L’arrondissement de Montréal-Nord indique toutefois qu’il procèdera au démantèlement du camp de fortune le 22 octobre.

«Pour nous, l’hiver approche et personne ne veut passer l’hiver dehors, explique la mairesse de Montréal-Nord, Christine Black. Notre arrondissement veut mettre tout en place à moyen, long termes pour faire en sorte que ces personnes ne se retrouvent pas à l’extérieur.»

Cette date butoir préoccupe les occupants. «Moi ça m’inquiète, mentionne Alain. Je n’ai pas de place où aller.»

L’administration envisage de mettre en place une halte-chaleur qui serait ouverte sept jours sur sept. Aux prises avec un phénomène nouveau, elle demande à la Ville-centre de mettre plus de ressources en itinérance dans les quartiers excentrés.

«Actuellement, les personnes en situation d’itinérantes doivent s’en aller au centre-ville parce qu’il n’y a pas de ressources ici. Ça les déracine de leur milieu.»

L’itinérance visible

Pour le Comité logement de Montréal-Nord, l’itinérance n’est pas un problème nouveau à Montréal-Nord, mais l’ampleur qu’il prend le rend plus visible.

«Ça fait des années qu’on dit qu’il y a des gens en situation d’itinérance à Montréal-Nord, mais c’était plus caché, comme des personnes qui dorment chez des amis, dans des parcs», explique l’organisatrice communautaire Marie-Ève Lemire.

Selon elle, il est «clair net et précis» qu’on verra de plus en plus d’itinérants dans le quartier. «Le taux d’inoccupation descend, les gens s’appauvrissent, les logements augmentent de manière importante», pointe-t-elle.

La députée de Bourassa-Sauvé, Paule Robitaille, trouve la situation inquiétante. Elle réclame de Québec plus d’aide financière «là où le bât blesse» pour éviter que plus de personnes ne se retrouvent à la rue.

«Ce sont des gens qui avaient un logement et qui l’ont perdu, souligne-t-elle. Le gouvernement provincial ne peut pas se mettre la tête dans le sable. Il y a une crise humanitaire qui est en train de se dessiner à Montréal.»

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