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15:53 18 septembre 2020 | mise à jour le: 18 septembre 2020 à 16:30 temps de lecture: 5 minutes

Coronavirus: le nombre d’itinérants a-t-il doublé à Montréal?

Coronavirus: le nombre d’itinérants a-t-il doublé à Montréal?
Photo: Josie Desmarais/MétroDes tentes abritant des itinérants sont présentes depuis plusieurs semaines près de la rue Notre-Dame Est, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve.

Le nombre d’itinérants aurait doublé à Montréal, principalement en raison de la pandémie, selon la mairesse Valérie Plante. Une estimation que remettent toutefois en question plusieurs organismes du milieu consultés par Métro.

«Selon notre commissaire aux relations avec les personnes en situation d’itinérance [Serge Lareault] et les refuges avec lesquels on travaille étroitement, le nombre d’itinérants aurait doublé», a déclaré Mme Plante vendredi. Elle répondait alors à la question d’un journaliste en marge d’une conférence de presse portant sur la conclusion d’une entente de principe entre Québec et Ottawa quant à la Stratégie nationale sur le logement.

Le dernier recensement des sans-abri au Québec, réalisé en 2018, faisait état de 3149 personnes en situation d’itinérance visible dans la métropole. Or, «il y aurait à peu près 6000 personnes en situation d’itinérance» actuellement, a affirmé Mme Plante.

Contacté par Métro, le directeur des communications du cabinet de Mme Plante, Youssef Amane, n’a pu fournir une estimation plus précise du nombre d’itinérants à Montréal. Il précise que la Ville est arrivée à ce constat «au fil des discussions avec les partenaires».

Deux fois plus d’itinérants?

Plusieurs organismes montréalais œuvrant auprès des personnes en situation d’itinérance à Montréal ont toutefois remis en question l’estimation de la Ville, vendredi.

«C’est certain que le chiffre [du nombre d’itinérants à Montréal] risque d’avoir augmenté. Mais honnêtement, je ne pense pas qu’on ait vraiment des données précises qui nous permettent d’arriver à cette conclusion», souligne à Métro le président-directeur général de la Mission Bon Accueil, Samuel Watts.

«S’il y a eu un calcul, j’aimerais qu’on le partage avec nous parce qu’on est sur le terrain», ajoute-t-il. Une demande que partage le président et chef de la direction de la Mission Old Brewery, Matthew Pearce.

«Je n’ai pas vu des statistiques qui assurent que la population itinérante a doublé. Je ne doute pas qu’on ait eu des augmentations, mais ces chiffres-là, j’aimerais bien les voir», indique-t-il en entrevue. 

Manque de lits

À la fin août, la Ville de Montréal a annoncé, en concertation avec la Santé publique, l’ouverture de trois refuges temporaires pour personnes en situation d’itinérance, portant à 850 le nombre de lits d’urgence temporaires déployés jusqu’à maintenant dans le contexte de la crise sanitaire.

Ces trois ressources, situées dans l’ancien hôpital Royal Victoria, dans l’ancien YMCA du quartier Hochelaga-Maisonneuve et au Complexe Guy-Favreau, totalisent environ 315 lits. Or, ceux-ci ont déjà atteint leur pleine capacité. Pendant ce temps, le campement de la rue Notre-Dame Est, qui compte plusieurs dizaines de tentes, a continué de prendre de l’ampleur dans les dernières semaines.

«Et présentement, malgré les ressources hivernales qu’on a mises en place, on pense qu’il va nous manquer 300 lits dès le début de l’hiver», a ajouté Mme Plante, qui est à la recherche de «solutions».

«Nous sommes très inquiets.» -Valérie Plante, mairesse de Montréal

Les impacts de la pandémie sur les itinérants

Valérie Plante a associé cette situation à la pandémie, qui a mis plusieurs personnes dans une situation financière précaire dans les derniers mois.

«Si je me fie aux anecdotes, on peut dire qu’il y a des personnes qui se présentent à nos portes qui disent être tombées dans la rue récemment en raison d’une perte d’emploi. Et ils ont perdu leur emploi en raison de la COVID», commente M. Pearce.

Au Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), on souligne la possibilité que la pandémie ait amené dans la rue des personnes qui pratiquaient une forme d’itinérance cachée à Montréal.

«Les personnes qui vivaient chez des amis, bien peut-être qu’on leur a demandé de quitter les lieux parce que ce n’est plus sécuritaire [dans le contexte de la COVID-19]», illustre la directrice du RAPSIM, Annie Savage.

Plan hivernal

Alors qu’une deuxième vague du coronavirus se profile à l’horizon, la Ville prévoit augmenter le nombre de lits d’urgence dans le cadre de son plan sur les mesures hivernales en itinérance.

«On est en train de planifier les mesures hivernales et je prévois qu’on pourra bâtir entre deux trois cents lits d’urgence [supplémentaires] pour l’hiver. C’est ce qu’on avait prévu», indique à Métro Sam Watts, un des partenaires de l’administration Plante dans ce dossier.

Les trois organismes consultés se montrent confiants que la Ville et la Santé publique réussiront à déployer suffisamment de lits d’urgence pour l’hiver. Ils rappellent toutefois l’importance de mettre en place des mesures plus pérennes pour faciliter la réinsertion sociale des itinérants.

«La solution, c’est le logement permanent», conclut M. Watts, qui voit d’un bon oeil l’entente de principe conclue entre Québec et Ottawa jeudi.

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