Une vie consacrée à sa ville
« Montréal-Nord, c’était sa vie, mais il était aussi un homme parfait auprès de son épouse, de ses enfants et de ses petit-enfants », affirme Huguette Labrecque qui a partagé sa vie pendant 60 ans.
M. Ryan était si attaché à sa ville qu’il mettait rarement le pied à l’extérieur de ses limites.
Une histoire d’amour
L’histoire d’amour entre l’ancien maire et Montréal-Nord a commencé en 1948. Après leur mariage, le couple cherchait un endroit où vivre et a visité un appartement du boulevard Gouin.
« Quand il a vu la rivière des Prairies, il a trouvé ça tellement beau qu’on a toujours vécu sur le bord de l’eau depuis», précise Mme Labrecque.
Aussitôt installé, M. Ryan s’engage politiquement en quittant son travail de commis voyageur pour écrire des articles dans le Journal de Montréal-Nord.
« Il a toujours fait des articles pour le journal parce qu’il courrait toutes les activités de la place », raconte son épouse qui corrigeait les épreuves du journal. Elle se souvient de la situation économique précaire dans laquelle cet emploi avait plongé le foyer.
En 1957, M. Ryan fonde le Guide de Montréal-Nord, un journal très critique de la politique municipal.
« Il était un journaliste très rigoureux et il voulait que le Guide garde son indépendance », raconte l’ancien éditeur Jean-Claude Banville pour qui M. Ryan a été un modèle.
Exaspéré par ses critiques constantes, le maire Roland Filion le provoque en duel électoral lors des élections de 1963. Yves Ryan l’emporte.
La politique a toujours été présente dans la maison de M. Ryan. « Avec un frère député à Québec et l’autre maire de Montréal-Nord, je peux vous dire qu’il était toujours question de politique durant les soupers de famille, raconte Mme Labrecque. Ils se tiraient la pipe tout le temps. »
Personnage coloré, le nouveau maire ne met pas ses valeurs de côté. M. Banville raconte que l’homme a même déjà fait un bras d’honneur à un conducteur qui avait passé sur un feu rouge. Il reste aussi très près des gens en tant que citoyen. Son fils Guy se souvient de son père offrant son aide à des sinistrés d’incendie ou d’inondation. Le maire faisait aussi régulièrement la tournée des organismes communautaires où, pendant la période des Fêtes, il entonnait des chansons qu’il composait lui-même pour les bénévoles.
Fin amère
Après l’annonce de l’intégration de Montréal-Nord dans la Ville de Montréal en 2001, M. Ryan choisit de quitter la politique. Les fusions lui laisseront un goût amer, mais il n’abandonnera pas l’arrondissement pour autant. Un bureau est alors mis à sa disposition dans une bibliothèque. Il y crée un fonds de photographies basé sur ses archives personnelles, y écrit ses mémoires, y reçoit de nombreuses personnes et y fume le cigare en cachette.
« Quand on allait le voir, on savait à quelle heure on entrait dans son bureau, mais jamais quand on n’en sortirait, explique M. Banville. Il aimait beaucoup parler. »
Depuis le mois d’avril où son épouse a dû déménager dans un foyer de personnes âgées, la santé de M. Ryan a commencé à se détériorer. Il a finalement succombé à un malaise cardiaque, dimanche matin.
Au-delà de la mort, l’amour de la politique de M. Ryan s’est transmis à son fils, qui s’est présenté à la mairie aux dernières élections, et à son petit-fils Hugues, qui a choisi d’étudier le Droit pour servir ses concitoyens.
Un livre d’or a été placé à l’hôtel de ville de Montréal-Nord pour les gens qui veulent rendre un dernier hommage à M. Ryan.
M. Ryan sera exposé au salon funéraire Magnus Poirier, 10300, boulevard Pie-IX, samedi de 9 h à 13 h. Le service funéraire aura lieu à l’église Sainte-Gertrude dès 13 h 30.