Entrevue avec Rita de Santis
Comment se sont déroulés les derniers jours pour vous, suite à votre victoire? Vous avez déjà rencontré vos nouveaux collègues, vous vous êtes rendue à Québec?
Je suis allée à Québec pour participer à une réunion du caucus libéral, une première pour moi, mais un des derniers présidés par Jean Charest. Cela a été un moment fort et émouvant. Nous lui avons d’abord témoigné notre reconnaissance pour son travail sans relâche comme leader du Parti libéral et comme premier ministre pour faire avancer et pour développer le Québec. J’ai aussi pu rencontrer ceux qui seront mes nouveaux collègues. Par la suite, j’ai eu un appel téléphonique avec le bureau de l’Assemblée nationale pour connaître les prochaines étapes en vue de mon assermentation comme députée. Enfin, j’ai bien sûr commencé à réfléchir à la suite des choses, c’est-à-dire comment organiser mon bureau de comté, identifier les dossiers prioritaires sur lesquels j’entends me pencher dès mon entrée en fonctions et lorsque l’Assemblée reprendra ses travaux.
Pour les gens qui vous connaissent moins, pouvez-vous nous rappeler votre parcours et vos origines?
Je suis née en Italie, dans la province de Chieti, région des Abruzzes et je suis arrivée au Canada à l’âge de 4 ans avec mon frère Tony et nos parents qui avaient décidé de rejoindre la famille de ma mère qui avait immigré ici quelques années plus tôt. J’ai fait toutes mes études dans le secteur public, d’abord à Ville-Émard et ensuite à LaSalle. Après des études en biochimie — j’avais même entrepris un Doctorat à Toronto —, je suis rentrée à Montréal pour me tourner vers le Droit et j’ai obtenu une licence de l’Université McGill puis ai été reçue au Barreau en 1981. Depuis, j’ai pratiqué dans le domaine commercial au sein du grand cabinet Phillips et Vineberg, devenu Davies Ward Phillips et Vineberg. Le bénévolat a toujours été important pour moi et c’est pourquoi je me suis impliquée, entre autres, au C.A. de l’Université Concordia et du Centre hospitalier St-Mary’s, et à la CIPBA pour lever des fonds et décerner des bourses d’études.
Comment décodez-vous le résultat de l’élection, avec un gouvernement péquiste minoritaire et plus de sièges que prévu pour le PLQ?
Je crois que les électeurs québécois sont très sages! Le résultat très serré (puisque 0,7% sépare les voix obtenues par le Parti libéral de celles obtenues par le Parti Québécois) montre que Mme Marois n’a pas reçu un chèque en blanc pour mettre en branle des politiques, des mesures, des réformes radicales; elle devra se concentrer à chercher des compromis pour trouver des solutions concrètes à des problèmes réels et non tenir un référendum pour séparer le Québec du Canada. Les Québécois veulent que l’on travaille ensemble et toutes les formations représentées à l’Assemblée nationale devront faire des efforts pour trouver des terrains d’entente. Enfin, le résultat obtenu par le Parti libéral est plus qu’honorable et M. Charest peut partir la tête haute, car il laisse un parti uni et en santé; il laisse aussi une gestion saine des finances du Québec.
Où étiez-vous quand vous avez appris qu’un attentat s’est produit au rassemblement du PQ? Quelle fut votre réaction?
J’étais au Théâtre Plaza avec de nombreux Libéraux (élus, candidats et partisans) écoutant les résultats à Radio-Canada. Comme tous les Québécois, j’ai été profondément choquée et consternée. Il n’y a aucune place pour la violence dans notre société et surtout pas dans le processus démocratique. Une formule anglaise résume bien la ligne de conduite que nous devons tous, je le répète: tous, adopter: « ballots — not bullets ». Nous devons nous exprimer avec des bulletins de votes et non avec des armes à feu. Évidemment, mes pensées et mes prières vont aux familles et aux proches de M. Blanchette et de M. Courage — à qui je souhaite de retrouver rapidement et complètement le chemin de la santé. L’enquête policière et les procédures judiciaires permettront de faire la lumière sur les problèmes de santé mentale dont souffre M. Bain, mais entre-temps, nous devons avoir un débat, un discours politique empreint de civilité — pour le bien de tout le monde.
Quels seront les dossiers sur lesquels vous voudrez travailler de façon prioritaire pour Montréal-Nord?
L’éducation, particulièrement la diminution du décrochage scolaire et l’augmentation de la diplomation grâce à des programmes de formation adaptés aux besoins de nos jeunes; l’emploi, surtout chez les jeunes; les besoins et les attentes de nos aînés, notamment en ce qui a trait aux services de santé; le logement social et enfin, l’appui à nos organismes communautaires.
Vous avez remercié Line Beauchamp pour ses conseils lors de votre campagne. Comment entrevoyez-vous la tâche de la remplacer, sachant qu’elle fut députée à Montréal-Nord pendant une quinzaine d’années?
Je tiens à être proche de mes électeurs, à les écouter, à mettre toute mon énergie à les aider, à les appuyer. Je serai toujours disponible et, comme je l’ai fait durant la campagne électorale, je continuerai d’aller à leur rencontre. Je serai le porte-étendard des préoccupations et des besoins de Montréal-Nord, à l’Assemblée nationale bien sûr, mais aussi partout où mon action pourra faire avancer des dossiers et apporter des résultats concrets. Line Beauchamp est un modèle et comme plusieurs me l’on dit durant la campagne: j’ai de grands souliers à chausser — et je vais travailler de toutes des forces pour le faire! Ma crainte est que le gouvernement de Mme Marois ne me suive pas dans toutes les améliorations que je veux apporter pour le mieux-être de tous les résidents de Bourassa-Sauvé.
Est-ce que vous allez mettre votre carrière d’avocate de côté?
J’entends me consacrer entièrement à mon travail de députée de Bourassa-Sauvé. Évidemment, il y aura une courte période de transition d’ici mon assermentation pour terminer ou transmettre des dossiers à mes collègues au sein du cabinet d’avocat où j’ai pratiqué le droit avec grand plaisir pendant 31 ans.
Vous avez dit lors de votre discours au Costa Del Mare avoir craint, pendant une partie de la soirée, de perdre (la candidate du PQ ayant pris la tête pendant un moment lors du dévoilement de résultats partiels.) C’était une surprise pour vous? Aviez-vous, avant ce moment, l’impression que votre élection était gagnée d’avance vu la longue tradition libérale dans Bourassa-Sauvé?
Je l’ai dit et redit tout au long de la campagne et je le répète aujourd’hui: je n’ai jamais rien tenu pour acquis. J’ai travaillé fort durant toute la campagne pour aller à la rencontre et à l’écoute des électeurs de Bourassa-Sauvé, pour me présenter, pour parler de mes dossiers prioritaires: l’éducation, l’emploi, le développement économique pour créer la prospérité qui nous permet d’avoir des programmes sociaux généreux répondant à nos besoins, l’intégration des nouveaux arrivants dans cette formidable société d’accueil qu’est le Québec, et surtout, surtout pour écouter les électeurs me parler de leurs préoccupations, de leurs attentes. J’ai travaillé fort pour mériter la confiance des électeurs et je continuerai de travailler fort tous les jours pour la garder.