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Vers la fin du règne libéral à Montréal-Nord?

Historique, c’est le mot qui décrit la rentrée cette année au Québec. L’été avait commencé tard, puisque le conflit étudiant s’était allongé bien au-delà des attentes des observateurs. Puis les vacances ont été brutalement écourtées par le déclenchement d’élections qui auront, ultimement, mis un terme au règne d’une décennie du Parti libéral au Québec. À Montréal-Nord, la candidate libérale a évidemment été élue, mais son pourcentage de votes a fondu du tiers, ce qui constitue un recul considérable. Déjà, le Printemps érable s’était fait entendre, ici aussi, et même si ce n’était qu’une clameur lointaine, c’était un indice de plus que le panorama politique de Montréal-Nord finirait par changer.

D’abord, soyons transparents en écrivant ce commentaire sur l’élection du 4 septembre : j’ai supporté au fil de la dernière campagne électorale Will Prosper, le candidat de Québec solidaire dans Bourassa-Sauvé. Ça ne surprendra guère les lecteurs du Tour du Bloc, qui connaissent désormais mon engagement auprès des personnes, et les organisations qui œuvrent cœurs et âmes à Montréal-Nord en faveur de la justice sociale et de la démocratie participative.

Soulignons d’emblée le taux de participation de cette élection puisqu’il a été de 64 % dans Bourassa-Sauvé. Il s’agit d’une surprise, même s’il demeure un bon 10 % derrière la moyenne québécoise. 30 000 citoyens et citoyennes ont voté, c’est beaucoup plus qu’en 2008 (23 000, 48 %). La polarisation du Québec durant la dernière année aura certainement été un facteur en ayant motivé plus d’un à se rendre aux urnes.

C’est la libérale qui a remporté l’élection, Mme Rita de Santis, un résultat qui n’aura surpris personne sauf peut-être la candidate elle-même qui, dirons-nous, n’a pas une connaissance pointue de notre circonscription. On peut néanmoins se questionner à savoir si celle qui nous a été présentée comme l’une des « 100 femmes les plus influentes au Canada » aurait fait le saut en politique si on ne lui avait pas offert de se présenter dans une forteresse libérale dotée d’une machine électorale implacable.

Il aurait été instructif d’entendre Mme de Santis sur la chose démocratique puisque, pour le monde des affaires dont elle est issue, il s’agit souvent, au mieux, qu’un mal nécessaire. Les aléas de la politique-spectacle ne nous ont malheureusement pas permis de bien connaître la profondeur des idées de Mme de Santis, je crois qu’elle-même a dû être déçue de ne pouvoir pousser plus loin le niveau de complexité du débat. Il est certes incongru que cette dame représente aujourd’hui la population nord-montréalaise, mais il s’agit indéniablement d’une femme très intelligente et je suis convaincu qu’elle aurait souhaité davantage déployer sa pensée.

Ceci dit, même si les règles de ce jeu électoral sont favorables au bipartisme et qu’elles sont maintenues de façon partisane par les deux formations politiques en position de force (PQ et PLQ) et ce, en dépit de la volonté de la population qui s’était dite favorable à 90 % (!) à la modification du mode de scrutin lors des États généraux sur les institutions démocratiques, Rita de Santis est désormais notre députée à l’Assemblée nationale, il faudra faire avec.

La jeune candidate péquiste était également une parfaite inconnue à Montréal-Nord. Pas moins de 27 % de la population a voté pour le parti de Pauline Marois, soit le même pourcentage qu’en 2008 et ce, même si les libéraux ont chuté de 20 %. Il s’agit d’une preuve supplémentaire de l’incapacité du PQ à renouveler son vote dans un secteur comme Montréal-Nord.

Mais alors, où sont donc allés ces 20 %? Une part est allée à l’entrepreneur en denturologie de la CAQ (+ 9 %), une autre à Will Prosper de QS (+ 7 %) et il est resté des grenailles pour le PV (1,5 %) et Option nationale (1 %), deux partis qui n’étaient pas représentés en 2008.

Alors, nous y voici, dans un comté libéral sous un gouvernement minoritaire péquiste. Qui tiendra combien de temps? Quelle sera la stratégie de la puissante opposition libérale de 50 députés? Quel rôle joueront désormais les forces extraparlementaires qui ont fait le Printemps québécois et qui préparent l’avenir? Il est difficile de l’anticiper.

À Montréal-Nord, Mme de Santis, dont le parti a malgré tout chuté dans les intentions de vote comparativement à 2008, aura-t-elle le temps de planter de solides racines d’ici aux prochaines élections? Est-ce que cette personne insufflera un quelconque renouveau dans une circonscription figée? Ou le renouveau viendra-t-il plus tard, de la poursuite de l’érosion du vote libéral dans Montréal-Nord?

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