Entre Porto Alegre et Rio de Janeiro
Montréal-Nord est entré dans la mouvance des forums sociaux en 2009 avec le premier Hoodstock/Forum social Montréal-Nord. J’appartenais au comité organisateur de cet événement qui faisait écho aux forums sociaux tenus dans d’autres quartiers de Montréal, mais aussi au Forum social québécois (FSQ) et plus encore au Forum social mondial (FSM), celui dont le rayonnement est le plus puissant. La dixième édition de ce dernier se terminait dimanche à Porto Alegre, au Brésil.
Rappelons-nous l’histoire. Le FSM est une initiative des mouvements sociaux brésiliens au début des années 2000. Il répondait alors à un impératif, celui de répliquer au Forum économique de Davos, qui chaque année réunit les puissants du monde dans les montagnes de Suisse. S’y retrouvent les plus riches des riches, les représentants des entreprises multinationales les plus influentes et de nombreux chefs d’États qui viennent, semble-t-il, y recevoir des instructions. Au sommet du monde, ils décident de son agenda.
À Porto Alegre, dans le « Sud », ce sont des militants de tout acabit qui se réunissent après des mois à gratter les fonds de tiroir pour se payer un billet d’avion. Les forums sociaux respectent quelques critères fondamentaux visant à permettre la participation la plus large et la plus démocratique possible. On appelle ces militantes et militants les « altermondialistes » puisqu’ils défendent le projet d’un « autre (« alter ») monde possible ».
Mais faire la démocratie, c’est toujours plus long que de faire la démagogie. C’est pourquoi on a souvent critiqué le forum pour être trop flou et ne pas avoir de programme clair. On a aussi souvent prédit sa fin lorsque des éditions étaient ratées, comme celle de 2007 au Kenya.
Pourtant, cette année, le Forum est toujours là dans un contexte qui lui est favorable. Beaucoup de gens reconnaissent que ce gisement d’alternatives est devenu plus que nécessaire dans un monde secoué, à nouveau, par les contradictions insoutenables du capitalisme. La nouveauté, ce n’est pas ces contractions (misère humaine, famine, destruction des communautés et de l’environnement, etc.) mais le doute qui s’est réinstallé chez les classes moyennes de tous les pays d’Occident qui ont été sympathiques aux mouvements d’occupations de 2011.
Le Forum de cette année, qui a réuni 40 000 personnes, se nourrissait par conséquent de l’esprit des mouvements d’occupations à travers le monde ainsi que de celui du Printemps arabe. On a également souligné la lutte moins connue mais non moins héroïque des étudiants chiliens qui mènent une bataille pour l’accès à l’éducation et qui, se faisant, traînent avec eux le pays entier dans une réflexion resté trop longtemps taboue sur l’héritage laissé par la dictature du général Pinochet.
Mais le Forum de 2012 se donnait également un objectif précis, ce qui constitue un procédé inhabituel. En effet, les participants ont préparé le prochain « Sommet des Peuples » qui sera la réponse des mouvements sociaux au « Sommet Rio+20 » sur l’environnement, organisé par l’ONU. Ces deux sommets auront lieux en même temps en juin, face-à-face, à Rio de Janeiro.
Les Altermondialistes y seront par centaine de milliers pour forcer la main la main des politiciens qui participeront à l’évènement officiel de l’ONU. Cette pression est nécessaire puisque, comme on l’a vue dans les dernières années, les chefs d’État sont non seulement bien évasifs lorsqu’il s’agit d’environnement (lorsqu’ils ne sont pas carrément des États-voyous, comme le Canada désormais), mais prompts également à se laisser guider par les priorités des entreprises plutôt que celles des peuples.
La table est mise pour une grande rencontre en juin, celle entre les organisations internationales qui cherchent un soi-disant « capitalisme vert » et un gigantesque rassemblement des mouvements citoyens des quatre coins du monde qui veulent un monde qui repose sur des fondements tout autre, et sur la solidarité d’abord.
Une délégation de Montréal-Nord participera à ce Sommet des peuples, je vous en parlerai davantage dans les prochains semaines.