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La Maison Brignon-Lapierre se rappelle Noël

Oh! Non, que non, je ne suis pas une maison hantée, mais plutôt une maison inoccupée. Oui! Une maison qui en a long à raconter. Voici la plus belle période de mon existence.

Je suis un témoin privilégié des bouleversements et des grands événements. Combien de générations se sont succédées sur le tapis roulant du temps. Combien de femmes ont reçu ici l’aide d’une sage-femme, faute d’avoir la présence d’un médecin? Mon enceinte a entendu les cris de ces nouveau-nés et c’est là, croyez-le ou non, que j’ai découvert l’impérieux besoin de continuer de vivre avec vous. Mon âme vit parce qu’elle a besoin de présence et de solidarité. J’avoue maintenant, que c’est depuis ce temps que, vidée de mon contenu, de mes meubles et de mes gens, je réalise que je suis toujours vivante.

La chaleur de mon intérieur rompt avec la froideur de mes murs. Si mes murs sont encore debout, c’est que le maçon qui m’a bâtie, m’a voulue ainsi.

Pendant les nombreuses tempêtes hivernales que j’ai vues se succéder, mes murs ont tenu le coup contre les vents dominants.

Par un beau matin de Noël, la rue est tranquille. Il y a une petite neige qui tombe doucement. J’entends les cloches qui sonnent et je vois la fumée qui s’échappe de la cheminée. Tout le monde dort, sauf les enfants qui jouent dans les bancs de neige laissés par le vent. Durant l’après-midi, une carriole amène un groupe d’enfants au centre d’attraction du temps. La glace formée sur l’étang sert de patinoire, tandis que la petite côte sert de glissade aux enfants du rang.

À l’heure du retour au petit trot et au son des grelots revient le cheval tirant la carriole qui déborde d’enfants. Les enfants emmitouflés dans une couverture, patins aux pieds et traînes- sauvages en main ont l’estomac vide mais les poumons pleins.

«Allez! Tout le monde à table», de crier la mère de famille à toute la maisonnée. Le repas de Noël est servi. Il se compose de canard noir du lac des Deux-Montagnes, de tourtière et de pâté de foie gras le tout arrosé de vin blanc. Au dessert, on se délecte de tartes aux pommes ou au sucre.

La bouteille de p’tit blanc déclenche le début de la veillée. On tasse la table et les chaises près de l’escalier. Baptiste accorde son violon et frotte son archet sur l’arcanson. Louis fait claquer les osselets. Joseph annonce : tout le monde en place pour un set canadien. Moïse et Calixte font le pas de coq. Suivront les chiques, les rigaudons, les chansons et les flacons qui me font trembler jusque dans mes fondations.

Je vous assure que j’y ai mis le temps pour bien me préparer pour notre rencontre.

Vous savez, lorsque je vois arriver l’hiver, la saison froide, la période des fêtes et les rencontres familiales me rendent nostalgique car, cela me rappelle que dans ce temps-là, mes murs baignaient dans une odeur que dégageaient les chaudrons et les marmitons qui reposaient sur le poêle à bois. Mes planchers de pin vernis servaient d’espace de jeux aux enfants. Les miettes qui tombaient de la table remplissaient les moindres recoins, fissures et craques.

Que le Grand Crique me craque! Après tous ces épisodes, il n’y a plus personne qui ose m’habiter et pourtant … ma volumétrie d’un autre âge n’inspire-t-elle pas un peu de reconnaissance? Je vous vois passer devant moi, la tête remplie de projets. Je me repose et j’attends. Pendant combien de temps? Le temps n’est plus le mien, mais le vôtre. Désormais, votre regard ne pourra plus se détourner de moi.

Mais attendez donc, j’entends un murmure au loin … Écoutez, c’est le vent de la Kitchesipi (Grande rivière) qui chuchote à mon oreille; je crois comprendre que le Père Noël avec ses lutins viendraient me visiter cette année.

Je rêve trop! Mais si c’était vrai …

Mais oui, mais oui, regardez! Ce sont bien des citoyens qui marchent autour de la maison dans la neige et qui me regardent d’un air bienveillant. Le Père Noël ne m’aurait pas oublié lui, il viendrait avec des enfants, ses rênes, sa carriole.

«Parole du maître arkhitekta, l’âme qui m’habite est toujours là. À bas le Crand crique avant que mon âme craque.»

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