Montréal-Nord
18:11 14 décembre 2015 | mise à jour le: 14 décembre 2015 à 18:11

Ces jeunes qui veulent quitter la rue

Ces jeunes qui veulent quitter la rue
Photo: Photo TC Media - Jean-Marc Gilbert

Des jeunes de Montréal-Nord tannés de vivre des activités illicites de la rue veulent un travail décent. Munis d’une pétition de 40 noms, ils ont récemment demandé l’aide du maire de Montréal-Nord. Deux mois plus tard, le conseil d’arrondissement a octroyé un montant de 68 000 $ pour un projet favorisant l’employabilité.

C’est en voyant des connaissances de la rue mourir ou être sévèrement blessées parce qu’ils commençaient à prendre beaucoup de place dans ce monde que le déclic s’est fait.

«Les jeunes ont commencé à nous dire qu’ils voulaient sortir de là. Nous les appuyons donc dans cette démarche», explique Frantz Jean-Jacques, directeur d’Évolu-Jeunes 19-30, un organisme qui œuvre en réinsertion sociale des jeunes adultes marginalisés de Montréal-Nord, notamment ceux ayant des démêlés avec la justice.

Après une rencontre avec des représentants le maire Gilles Deguire, le conseil d’arrondissement a annoncé, en décembre, une contribution de 50 000 $ à Évolu-Jeunes et de 18 000 $ au Carrefour jeunesse emploi Bourassa-Sauvé pour le nouveau projet-pilote, Voie d’accès, dont l’objectif est, pour le moment, de sortir 20 jeunes adultes de la rue. Emploi-Québec collabore également pour un montant d’environ 58 000 $.

Motivation
En entendant parler de ce projet, les jeunes ont sauté sur l’occasion.

Selon l’un d’eux, qui préfère taire son nom, il est toutefois important de s’assurer que l’offre soit suffisamment intéressante pour vraiment inciter les jeunes à s’y investir à fond.

«On ne va pas sortir de la rue pour aller au McDo. On aimerait avoir quelque chose de vraisemblable. On ne peut peut-être pas rédiger des rapports dans un bureau, mais on peut aller travailler dans un entrepôt et être payé 14 $ ou 15 $ de l’heure. Là, ça devient intéressant.»

Il explique aussi que la réalité des jeunes de Montréal-Nord est loin d’être la même que celle de d’autres, parfois plus fortunés, qui ont la chance d’aller étudier à l’université.

«Ici, ce n’est pas tout le monde qui a été à l’école longtemps. Souvent, nos familles n’ont pas les moyens. Avoir de la volonté, c’est bien, mais quand la facture arrive, c’est souvent bien différent. On n’est pas à Westmount», lance-t-il.

Il croit que ce genre de projet peut surtout accrocher ceux qui ont la volonté réelle de gagner leur pain de façon honorable.

«Je pense aux gens de 25 ans qui n’ont jamais vraiment travaillé de leur vie. Quand ils vieillissent et ont des enfants, ils arrivent à un point où ils se disent qu’ils doivent vraiment se trouver un vrai travail pour ne pas retourner en prison. C’est eux qui seront sensibilisés», croit fermement le jeune.

Frantz Jean-Jacques abonde dans le même sens. «Le but est de leur permettre d’avoir un travail décent pour qu’ils puissent travailler honnêtement et gagner sa vie».

La directrice générale du Carrefour-jeunesse emploi Bourassa-Sauvé, Bouchra Klaoua. croit que le discours et l’approche d’Évolu-Jeunes permettront «d’aller chercher une clientèle qui est plus difficile à recruter habituellement».

Selon leurs besoins particuliers, les jeunes pourront intégrer l’un des programmes du CJE, dont Jeunes en action, qui s’adresse aux 18-24 ans.

Qu’est-ce que Voie d’accès?

Voie d’accès se veut un parcours d’accompagnement vers l’employabilité, qui s’adresse aux personnes de 19-35 ans ayant de la difficulté à intégrer le marché du travail pour différentes raisons, mais qui ont un réel désir de le faire.

Après une évaluation sommaire, le jeune intègre l’un des programmes du CJE, selon son âge et ses besoins. Des démarches d’une durée de 6 à 12 mois sont ensuite entreprises pour permettre au participant de dénicher des offres d’emploi et de postuler.

Au bout d’un maximum d’un an, le but est que le participant se soit trouvé un emploi, ou ait décidé de retourner aux études.

Advenant une baisse de motivation durant l’une des étapes du processus, Évolu-Jeunes interviendra pour éviter l’abandon.

Pour l’instant, il s’agit d’un projet-pilote d’un an. Toutes les parties évalueront les résultats par la suite pour voir si le projet peut être reconduit et devenir permanent.

«On cherche des réponses pour les jeunes et on tente de voir comment on peut faire autrement. Ces jeunes arrivent à un tournant dans leur vie et, s’ils le veulent, on va réussir avec eux», a déclaré le maire Deguire, en annonçant la contribution financière.