Jessyka Maharaj, à l’écoute des femmes de Montréal-Nord
Seule travailleuse de rue de Montréal-Nord, Jessyka Maharaj tente de faire entendre la voix des jeunes femmes de l’arrondissement. Son action porte ses fruits: depuis le début de l’année, elle en a accompagné sept au poste de police pour porter plainte pour violences conjugales.
«Ces femmes sont opprimées, elles ont peur, ont du mal à se confier. Il fallait les rassurer, les rendre fières de leur action. Je les félicite», clame Jessyka Maharaj.
À 28 ans, l’ex-étudiante en communication à l’UQÀM entame sa cinquième année au Café-Jeunesse Multiculturel. Recrutée pour prendre en charge le volet féminin de l’organisme, Jessyka énumère les progrès déjà réalisés.
«Il faut leur parler pour les sensibiliser. Les filles ont leur place dans la société et à Montréal-Nord, assure-t-elle. Elles ont des besoins et doivent avoir accès à des services. Mais par le passé, certainement inconsciemment, toutes les actions étaient tournées vers les hommes. Avec le temps, les liens qui se créent, on remarque beaucoup de changements.»
«Une richesse pour l’arrondissement»
En compagnie de nombreux partenaires de l’arrondissement, un comité Osez au féminin a été fondé. Trois enjeux ont été déterminés: la violence, qu’elle soit amoureuse, conjugale ou psychologique, la sexualité et la représentativité des femmes dans les instances.
Des groupes d’écoute et de dialogue, entre femmes, ont également été lancés dans trois secteurs de Montréal-Nord, et les participantes peuvent, plusieurs fois par semaine, s’exprimer. «C’est une thérapie sociale. Avant, elles n’avaient pas de lieu pour se rencontrer et discuter», raconte Jessyka qui organise aussi différents événements avec ces jeunes filles, notamment une émission mensuelle de radio sur Radio Centre-Ville.
«Elles évoquent, sans censure, tous les sujets qui les dérangent, qu’elles veulent dénoncer. Ces femmes sont une richesse pour l’arrondissement. Elles veulent se mobiliser, se faire entendre. Il faut simplement leur tendre la perche et comprendre leur réalité.»
«Il faut persévérer»
«Briser les préjugés du quartier», tel était la motivation de Jessyka lors de son arrivée à Montréal-Nord, après une enfance passée à Rivière-des-Prairies. Une mission qu’elle estime en bonne voie.
«Faire tomber ces préjugés du jour au lendemain, c’est irréaliste. Mais avec nos valeurs, on y arrive et on voit des résultats concrets, analyse-t-elle. C’est ce que je dis aux jeunes femmes, il faut persévérer, aller de l’avant, ne pas se laisser marcher sur les pieds.
En compagnie de ses deux collègues qui sillonnent quotidiennement le territoire, Roberson Berlus, qui s’occupe particulièrement des adolescents, et de Beauvoir Jean, en charge essentiellement des plus de 18 ans, elle se montre confiante.
«On a beaucoup accentué sur des éléments négatifs du quartier, mais il y a aussi de belles ressources et des actions. Je suis fière de notre travail car on s’en va quelque part. Je suis très positive.»
Un rôle «rassurant»
Selon Slim Hammami, coordonnateur au Café-Jeunesse Multiculturel, les trois travailleurs de rue de son organisme sont «des personnes rassurantes dans leur milieu». Leurs missions sont vastes. «Avant tout, elles assurent une présence significative auprès des jeunes», résume-t-il.
«Ce sont des personnes à qui on peut faire confiance, demander des choses en toute confidentialité. Elles sont proches d’eux, sans être complices. Leur rôle est d’aider et de soutenir ces jeunes», détaille M. Hammami, évoquant par exemple des soucis liés à des ruptures amoureuses ou avec la justice.
«On répond à leur besoin, complète-t-il. On est en contact avec beaucoup de partenaires, on suit leur évolution, on les amène vers des solutions et on parle avec les parents. C’est un trio.»