Montréal
05:30 24 juillet 2020 | mise à jour le: 23 juillet 2020 à 18:47 temps de lecture: 4 minutes

Outremont: grogne autour du retour du stationnement payant

Outremont: grogne autour du retour du stationnement payant
Photo: Zacharie Goudreault/ MétroAvec sa refonte du stationnement, l’arrondissement entend engranger au moins 400 000$ par année.

Les citoyens d’Outremont appréhendent le retour du stationnement payant sur rue dans leur arrondissement d’ici quelques jours, tandis que l’arrondissement promet de préserver certaines places gratuites dans le secteur.

Après avoir suspendu son application pendant environ quatre mois en raison de la pandémie, l’arrondissement imposera de nouveau une limite de deux heures de stationnement gratuit sur rue sur tout son territoire le 1er août. L’arrondissement promet du même coup de donner des détails supplémentaires sur son plan de stationnement «dans les prochaines semaines».

Ce plan, présenté pour la première fois le 30 mai 2019, a fait couler beaucoup d’encre depuis. Face à la pression populaire et au dépôt, en septembre 2019, d’une pétition initiée par le résident Marc Poulin, l’arrondissement a tenu une consultation publique sur ce plan, qui vise à faire passer de 40 à 100% le nombre de places de stationnement sur rue tarifées sur son territoire.

Moratoire

Au terme de cette consultation, l’organisme Convercité a déposé un rapport. Celui-ci recommande notamment d’appliquer un moratoire «partiel» sur l’application de ce règlement, qui devrait permettre à l’arrondissement d’engranger 400 000$ par année. Cela impliquerait donc le retour d’«un certain nombre de places non tarifées», le temps de «faire les études nécessaires» sur l’offre et la demande en matière de stationnement dans le secteur.

«De toute évidence, on a un arrondissement qui se contrefiche du rapport de consultation publique», laisse tomber M. Poulin. Contacté par Métro, le cabinet du maire d’arrondissement Philipe Tomlinson assure par écrit qu’il donnera suite aux recommandations de ce rapport «au cours des prochaines semaines». Il affirme aussi être ouvert à «considérer le retour à des espaces de stationnement gratuits».

«Mais à ce moment-là, pourquoi ne pas intégrer les places de stationnement gratuites au moment de réintroduire les vignettes [le 1er août]? Ça ne fait pas de sens», rétorque M. Poulin, qui dénonce l’«incohérence» de l’arrondissement.

Une question d’argent?

L’arrondissement justifie le retour du stationnement payant sur rue par la réouverture de son Bureau Accès Montréal, qui octroie les vignettes. L’opposition, elle, pointe plutôt du doigt la situation financière précaire des arrondissements dans le contexte de la pandémie.

«L’administration a besoin de ces revenus-là pour rentrer dans son budget», affirme le conseiller d’Ensemble Montréal dans Outremont, Jean-Marc Corbeil. Le plan de l’arrondissement vise d’ailleurs à ajouter 400 places de stationnement sur rue en mettant fin aux stationnements en alternance dans plusieurs rues à sens unique.

«En faisant une zone payante pour tous, on peut rentrer plus de voitures. Ça permet de faire plus d’argent.» -Jean-Marc Corbeil, conseiller d’Ensemble Montréal dans Outremont

Lorsque le maire d’Outremont avait présenté son plan de stationnement, l’an dernier, il avait affirmé vouloir réinvestir les sommes engrangées dans des mesures de verdissement. L’arrondissement a depuis dépensé plus de 200 000$ pour installer quelque 4000 enseignes adaptées à ce nouveau règlement.

«Après, on se demande pourquoi les gens partent à l’extérieur de la ville […]. Les gens ont une capacité maximale à payer», lâche M. Corbeil.

Travailleurs essentiels

La résidente Caroline Braun, à l’origine de la page Facebook «Décidons Outremont ensemble», craint que la fin de la suspension du stationnement gratuit sur rue dans l’arrondissement n’entraîne le départ de travailleurs essentiels du secteur. Elle souligne la présence de plusieurs écoles et garderies dans le secteur, qui dépendent en partie d’employés qui demeurent dans d’autres arrondissements montréalais.

«Il faut donner une exception pour les gens qui viennent travailler dans le secteur», réclame Mme Braun. Elle voudrait ainsi que ceux-ci puissent, à l’instar des résidents, débourser de 100 à 140$ par année pour une vignette, en fonction de la grosseur de leur véhicule. Le règlement prévoit actuellement que les citoyens qui se rendent régulièrement dans le secteur sans y demeurer doivent débourser le même montant, mais sur une base mensuelle.

«On veut que les éducatrices qui sont ici depuis 20 ans restent. On veut rester un milieu accueillant», réclame Mme Braun, qui craint que «les moins nantis» écopent de ce règlement.

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