Le deuil: En parler pour mieux le vivre !
La maison Monbourquette a été fondée en 2004. Elle est installée à Outremont depuis plus de 5 ans, dans le bâtiment du presbytère de l’église Saint-Viateur. Sa fondatrice, Lisette Jean a du faire face à un accident de voiture puis, coup sur coup, au décès de sa mère.
«Alors que je vivais très mal cette sombre période, un ami m’a apporté le livre de Jean Monbourquette, «Aimer, perdre et grandir», publié en 1984. Après cette lecture, j’ai écrit une lettre de 10 pages à Jean Monbourquette, qui organisait le premier groupe de deuil au Centre Saint-Pierre. Là, j’ai pu exprimer ma souffrance. J’avais besoin qu’on m’aide à survivre. Ma famille ne savait ni ne pouvait m’aider. Au bout du compte, ce sont des étrangers qui m’ont donné cette petite poussée.»
«J’ai suivi une formation avec Jean Monbourquette pour écouter et aider d’autres endeuillés. Et j’ai eu l’idée de créer, de bâtir plutôt, une maison plutôt qu’un centre pour accueillir les gens en deuil et leur proposer plusieurs possibilités afin de parler sans frein.» Pour Lisette Jean, maison égale accueil, famille, chaleur humaine. « Ce doit être un lieu enveloppant, réconfortant, où l’on doit pouvoir s’exprimer. »
« Cinq permanents assurent le fonctionnement de la Maison Monbourquette, explique Sophie Chartrand, la directrice. Une musicothérapeute, une assistante administrative, une assistante sociale, une travailleuse sociale, et moi-même, comme intervenante sociale. »
1-888-LEDEUIL
«Il faut savoir que tous nos services sont gratuits, rappellent Lisette et Sophie. Notre intervention se met en place à la demande de la personne en souffrance après le décès d’un proche. Nous proposons un suivi de cinq rencontres individuelles, et/ou de groupe pendant une douzaine de semaines.
Cette écoute se fait sans limites de langue, de statut social ou de couleur de peau, car malheureusement le deuil n’a pas de frontière.»
Selon l’approche choisie par la Maison Monbourquette, il n’y a donc pas que des professionnels. « Les bénévoles sont très importants dans notre structure parce qu’on n’a pas toujours besoin de spécialistes pour écouter la souffrance… » ajoutent-elles.
La Maison Monbourquette offre d’ailleurs une ligne d’écoute à travers le Québec (1-888-LEDEUIL), ouverte de 10h à 22h pendant la semaine et de 10h à 14h la fin de semaine. « Étudiants, retraités, anciens intervenants, une quarantaine de bénévoles assurent la ligne d’écoute, précise la directrice. Chacun d’entre eux a suivi une formation de 30 heures pour devenir écoutant. Nous assurons leur supervision régulière. »
« Ce type de service n’existe nulle part ailleurs au Canada, sauf peut-être en Californie. On dépasse les limites du Québec puisque nous recevons même des appels de l’Île du Prince-Édouard. Depuis 2007, nous avons fait pas moins de 10 000 interventions, détaille Sophie Chartrand. Par mois, cela représente une centaine de rencontres individuelles, et une moyenne de 200 appels sur la ligne d’écoute. »
Personnalité de la semaine !
« Nous ne touchons aucune subvention. Pour cela, il faudrait d’abord reconnaître le deuil comme une cause, insiste Lisette Jean. N’oublions pas qu’il y a en moyenne 60 000 décès par an au Québec… »
Parlons-nous de santé, de travail social ? Il semblerait, d’après de récents contacts avec les subventionneurs que la Maison Monbourquette puisse être intégrée à l’économie sociale à titre d’organisme communautaire, et recevoir alors des subsides pour développer son action.
«L’évolution de la société a tendance à cacher au maximum le rite funéraire, et le passage du deuil en est réduit à la portion congrue, reprend Lisette Jean. Nous appelons à un réveil social autour du deuil. Ce fut le thème de notre participation à la récente commission »Mourir dans la dignité ».»
Nommée « personnalité de la semaine » par nos confrères La Presse et Radio-Canada en mai dernier, Lisette Jean a reçu la médaille du lieutenant-gouverneur du Québec en 2011 pour la création de la Maison Monbourquette. Mise en nomination, elle participera au gala Personnalité de l’année ce lundi 23 janvier.
Jean Monbourquette
Jean Monbourquette est décédé le 28 août dernier. Prêtre et psychologue, etc., il était reconnu internationalement et avait écrit pas moins de 19 livres.
Le plus connu, «Aimer, perdre et grandir», a été traduit en plus de 12 langues et vendues à plus d’un million d’exemplaires. Quand Lisette Jean lui a fait part de son projet d’un « Maison » à son nom, « c’est le plus beau cadeau que tu pouvais me faire », lui a-t-il répondu.