Hausse, grève et loi spéciale
On sait qu’à l’école secondaire Paul-Gérin-Lajoie d’Outremont PGLO), les élèves appuient la cause des étudiants contre la hausse des droits de scolarité depuis le tout début; ils en ont fait leur propre cause en étant la première école secondaire du Québec à tenir un vote de grève à ce sujet. On les a aussi vus à plusieurs reprises participer à des manifestations, ainsi qu’à des lignes de piquetages symboliques devant leur école.
Qu’on soit en accord ou non avec le mouvement étudiant de contestation, on ne peut que saluer la mobilisation et l’intérêt démontré par ces jeunes. Alors que nous sommes souvent en train de forcer les choses pour qu’ils s’intéressent à ce qui les entoure, nous sommes maintenant témoins d’une prise en charge totalement indépendante.
Après une centaine de jours de grève et cette nouvelle loi qui fait jaser, on a demandé à deux jeunes de PGLO, ce qu’ils pensaient du mouvement. On voulait savoir s’ils le vivaient à leur école et aussi, s’ils savaient en quoi consistait la nouvelle loi.
Maxime s’est empressé de nous dire, en poussant un rire, qu’il allait manifester pour manquer ses cours et profiter du congé. Le tout, bien sûr, en réaction au cynisme qui vise les motivations des étudiants du secondaire, lorsqu’ils participent à ce genre de mouvement. Il nous a ensuite parlé du sentiment de soulèvement qu’il a vécu lors de la grande manifestation du mardi 22 mai dernier. Bien qu’il admette qu’une telle marche est longue et fatigante, il s’empresse de nous parler des slogans scandés et du cri impressionnant d’une foule mobilisée.
Anthony, pour sa part, ignorait, comme Maxime, ce en quoi consistait la nouvelle loi spéciale. On a essayé de leur expliquer objectivement, et leurs réactions ont été plutôt vives. Comme quoi ce qu’ils retiennent vraiment au sujet de cette cause, c’est probablement la crainte de la hausse des droits de scolarité.
Par rapport à ce cynisme qu’on associe souvent aux adolescents qui «se foutent de tout», lorsqu’on demande à Maxime et Anthony s’il est cool de s’opposer au mouvement, de faire valoir un point de vue différent, ils nous répondent qu’au contraire, «tu as l’air beaucoup moins trendy quand tu parles contre la grève».
C’est facile d’être cynique et de parler d’un effet de mode, mais la rigueur et la ténacité des étudiants vont à l’encontre de cette théorie. Non seulement ils se sentent concernés, mais ils discutent de ce sujet à maintes reprises, partagent sur Facebook, nous posent des questions. Plusieurs d’entre eux commencent à s’orienter vers des études collégiales et ils s’inquiètent pour la suite des choses.
Maxime a dit quelque chose d’assez intéressant : «Nos profs saluent notre implication. On sent vraiment qu’ils sont fiers, qu’ils soient d’accord ou non. Nos parents, eux, sont moins au courant. Mais à la fin de la journée de mardi, j’ai dit à ma mère qu’elle devait motiver mon absence puisque j’avais été manifesté avec les autres. Elle a dit «Ah oui? Quand ça?».
Peu importe leur position face au conflit, nous sommes contents de constater qu’ils ont participé à un processus démocratique, ce sont appropriés une cause et on su se mobiliser pour faire entendre leur voix.
L’équipe de la Maison des jeunes d’Outremont