Pointe-aux-Trembles & Montréal-Est
12:36 24 juillet 2020 | mise à jour le: 24 juillet 2020 à 17:31 temps de lecture: 4 minutes

Des aînés souffrent de solitude malgré le déconfinement

Des aînés souffrent de solitude malgré le déconfinement
Photo: Marcelo Endelli/Getty ImagesLe déconfinement tarde à arriver pour plusieurs aînés.

Au cours des derniers mois, le confinement a exacerbé la solitude chez plusieurs aînés. Bien que le déconfinement se fasse maintenant de façon progressive, plusieurs d’entre eux restent aux prises d’un isolement tenace.

« La solitude, chez plusieurs personnes âgées, est une constante. », rappelle François Béland, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal et chercheur à l’Institut Lady Davis de l’Hôpital général juif.

«Pour d’autres, c’est arrivé comme un choc. Toute solitude qui est causée comme un choc, c’est ça qui a les effets les plus importants.» ajoute-t-il.

Déconfinement, oui, mais…

«Le déconfinement est là, mais est là à moitié», lance Kim Dutremble, intervenante communautaire et directrice des logements par intérim des habitations Mainbourg.

Groupes limités à 10 personnes, principe de distanciation sociale, masque obligatoire : les choses ne sont pas revenues à la normale pour ses résidents.

Pour elle, les personnes aînées souffrent en quelque sorte des bonnes intentions de leurs proches, qui hésitent parfois à les visiter pour des raisons sanitaires. «Ils sont craintifs car on leur a dit de faire attention, mais leur famille aussi l’est. On leur a dit « Fais attention à grand-papa, à grand-maman »», s’exclame Mme. Dutremble.

«La proximité, le toucher, c’est ça qui leur manque le plus», ajoute l’intervenante.

Activités limitées

Pour Julien Beaulieu, coordonnateur général de l’AQDR-PDÎ, plusieurs personnes âgées ont l’habitude d’avoir un agenda bien rempli. Présentement, ces personnes se retrouvent désemparées face à l’impossibilité de réaliser plusieurs activités.

Par exemple, les services réduits dans des endroits comme les bibliothèques chamboulent les habitudes de beaucoup d’aînés, croit M. Beaulieu.

Au nombre des activités qui ont dû être délaissées se trouve le bénévolat. Beaucoup de bénévoles ont plus de 70 ans, ce qui diminue par le fait même l’offre de services dans le milieu communautaire.

«Présentement sur les 40 [bénévoles], seulement 5 ont accepté de reprendre en temps de COVID», illustre Louise Crousset, directrice de l’Association bénévole PAT/ME.

Les consignes concernant les personnes âgées de 70 ans et plus se sont assouplies au début du mois de mai. Pourtant, la Santé publique conseille toujours aux personnes aînées de rester à la maison, de forme générale.

Des impacts sur la santé physique et mentale

Pour M. Béland , les personnes déjà vulnérables sont plus à risque face à la solitude et au choc du confinement.

«[Certaines personnes] commencent à avoir des petits problèmes de mémoire, des petites détériorations cognitives, qui en temps normal ne posent pas problème. Mais quand arrive un événement comme ça qui désorganise la personne, ça a un impact majeur sur la personne.»

Par ailleurs, M. Béland croit que les effets négatifs de l’isolement sur la santé physique et mentale pourraient prendre plusieurs mois à se manifester concrètement. Il craint d’ailleurs que ces effets puissent être durs à renverser.

«On est tellement préoccupés par la COVID, on a peur d’une deuxième vague.», mentionne-t-il. «Reste que, en ce moment, on ne perçoit pas ces problèmes-là, à part peut-être en CHSLD.» s’inquiète-t-il.

Des initiatives pour contrer la solitude chez les aînés

À Pointe-aux-Trembles, plusieurs initiatives sont en branle pour contrer le problème de la solitude. «[On] a été très actif durant les dernières semaines», affirme Jonathan Roy, directeur général de la Corporation de développement communautaire (CDC) de la Pointe.

La CDC travaille notamment sur un projet pour adopter un virage numérique. Le projet vise à familiariser les aînés aux outils technologiques, notamment pour être en contact avec leurs proches.

Du côté des Habitations Mainbourg, des groupes seront par ailleurs organisés au mois d’août pour que les résidents puissent s’exprimer, afin «d’extérioriser les troubles vécus durant la crise», explique  Mme Dutremble.

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