Mercier & Anjou
13:56 7 août 2020 | mise à jour le: 11 août 2020 à 20:01 temps de lecture: 4 minutes

250 infirmières en moins au CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal

250 infirmières en moins au CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal
Photo: Archives/ Métro MédiaEnviron 250 infirmières du CIUSSS de l’Est de l’île de Montréal ont quitté leurs fonctions depuis le mois de mars.

Environ 250 infirmiers et infirmières du CIUSSS de l’Est de l’île de Montréal ont quitté leurs fonctions depuis le mois de mars. Une situation que le Syndicat des professionnelles en soins de l’Est-de-l’Île-de-Montréal (FIQ SPS ESTIM) attribue en partie aux arrêtés ministériels imposés depuis le début de la pandémie.

«S’il y a une deuxième crise, les 250 ne sont plus là. Est-ce que je vais encore en perdre?», s’inquiète Denis Cloutier, président du FIQ SPS ESTIM.

M. Cloutier rappelle que le faible taux de rétention des infirmières était déjà «épeurant» avant le mois de mars. Une situation aggravée, selon lui, par les arrêtés ministériels mis en place depuis le début de la pandémie, principalement l’arrêté 007.

Parmi les clauses problématiques de l’arrêté, il souligne l’annulation des vacances et le rehaussement des disponibilités à temps complet.

«Il faut que le gouvernement voie l’effet dévastateur que ça a sur les employés», indique-t-il.

Par ailleurs, il s’inquiète des heures supplémentaires obligatoires imposées en temps de crise. Une situation qu’il juge difficile à gérer sur le plan organisation et moral pour ceux «qui se font appeler « anges gardiens »».

Le CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal reste prudent

Des données fournies par le CIUSSS indiquent que 249 départs d’employés réguliers du personnel infirmier ont eu lieu entre le 15 mars 2020 et le 1er juillet 2020, incluant démissions, décès, congédiements et autres. À pareille date en 2019, seulement 182 départs avaient eu lieu. Par ailleurs, le taux d’embauche de personnel régulier était similaire pour les deux années, soit 266 pour 2019 et 240 pour 2020.

À titre indicatif, 153 employés réguliers ont quitté leur emploi pour la même période en 2020 pour «des raisons familiales ou personnelles». En 2019, seulement 96 employés ont quitté leur emploi en évoquant la même raison.

Malgré tout, Christian Merciari, conseiller en communication – relations médias du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal indique par courriel que le CIUSSS «préfère demeurer prudent avant de tirer des conclusions».

L’établissement ne croit pas voir une vague de démissions, considérant que le CIUSSS compte 122 infirmiers ou infirmières de plus qu’à pareille date l’an dernier.

Cependant, il faut noter que ce bassin supérieur d’infirmiers semble attribuable en grande partie aux employés recrutés via le site «Je contribue», qui a permis d’embaucher 245 infirmiers ou infirmières supplémentaires pour la période donnée.

Un arrêté injustifié?

«Personne ne remettait en question les pouvoirs extraordinaires qu’on donnait aux employeurs au cœur de la crise», rappelle Denis Cloutier.

Cependant, à l’heure actuelle, les mesures ne lui semblent plus justifiées considérant la baisse du nombre de cas de COVID-19.

Selon lui, le CIUSSS s’est montré «très inflexible» dans l’application de ces arrêtés à géométrie variable. Il déplore notamment que le gouvernement ait demandé aux établissements de santé s’ils ont encore besoin de l’arrêté.

«Tu donnes des pouvoirs extraordinaires à quelqu’un, et tu lui demandes ensuite s’il en a encore besoin. C’est un peu comme demander au dictateur s’il a trop de pouvoir», exprime-t-il.

En ce qui a trait à l’application de l’arrêté ministériel 007, M. Merciairi, affirme qu’ «en juin, lorsque la décision a été prise, les taux de patients et d’employés ayant la COVID-19 dans nos installations et nos CHSLD justifiaient une telle décision».

Faire pression

Afin de faire déboucher le dossier, la FIQ a déposé une plainte en cour supérieure à la mi-juillet. Par le fait même, le syndicat demande au gouvernement du Québec de justifier le renouvellement de l’arrêté 007.

Pour l’instant, le syndicat doit prendre son mal en patience.  «On attend toujours la confirmation du ministère pour savoir s’ils peuvent toujours utiliser les règles qu’ils continuent d’utiliser», mentionne M. Cloutier.

Articles similaires