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05:00 5 mai 2020 | mise à jour le: 5 mai 2020 à 16:28 temps de lecture: 4 minutes

«C’est très stressant»: une ex-infirmière à risque craint d’être envoyée en CHSLD

«C’est très stressant»: une ex-infirmière à risque craint d’être envoyée en CHSLD
Photo: Josie Desmarais/MétroTalia Berger est mère monoparentale et asthmatique. Elle craint d'être redéployée en CHSLD.

Une enseignante spécialisée et ancienne infirmière qui présente d’importants problèmes de santé lance un cri du cœur aux autorités. Elle craint d’être déployée dans un CHSLD pour participer à la lutte contre le coronavirus.

Talia Berger estime que sa situation familiale et personnelle devrait l’exempter de l’arrêté ministériel. Imposé par décret début avril, celui-ci donne le droit au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) de réquisitionner «toute personne» dans le réseau des commissions scolaires et des cégeps pour travailler dans le réseau de la santé.

La seule exception au règlement concerne le personnel dont «une prestation de travail est jugée essentielle» par le ministère de l’Éducation, surtout «pour le maintien des services éducatifs». Malgré sa santé, Mme Berger craint donc d’être obligée d’obtempérer.

«Je suis asthmatique, et j’ai fais une pneumonie il y a quatre ans pour laquelle j’ai même été hospitalisée. J’ai carrément frôlé la mort à cause d’une infection de mes poumons. On peut dire que je suis une personne très à risque, mais personne ne veut m’écouter», dénonce la principale intéressée en entrevue avec Métro.

Son médecin lui a d’ailleurs confirmé que même une recommandation formelle de sa part ne pourrait empêcher la santé publique de procéder à son redéploiement, éventuellement. La résidente de Sainte-Thérèse partage d’ailleurs les mêmes craintes quant à son éventuel retour à l’école. Dans le Grand Montréal, la réouverture des établissements primaires est prévue pour le 19 mai.

Affronter seule les CHSLD

Depuis le décès du père de ses enfants en 2018, Talia est monoparentale, et donc seule pour s’occuper de ses enfants et de sa mère, qui vit chez elle.

«Je suis dans une impasse. Si je vais travailler dans un CHSLD, ma mère qui habite à côté de chez moi ne pourra plus m’aider. Il n’y aura plus personne pour s’occuper de mes filles. Comment je peux faire pour m’en sortir moi? Je ne sais plus à qui m’adresser pour obtenir des réponses», dénonce-t-elle.

Elle craint que ses filles ne deviennent orphelines si elle devait contracter la COVID-19.

«C’est très stressant pour les gens qui ont des particularités comme moi d’être dans le néant. J’ai l’impression d’être à la merci du gouvernement. Et j’ai peur.» -Talia Berger

L’enseignante affirme avoir quitté le milieu de santé pour «plusieurs raisons», mais surtout parce qu’elle considérait impossible de fonctionner dans des conditions «presque inhumaines». «Le système de la santé va s’écrouler encore plus après la crise. Ils vont achever le personnel qui était déjà épuisé avant la pandémie, justement à cause des décisions gouvernementales prises dans les dernières années», martèle l’ancienne infirmière.

«On se sent comme des objets»

Jeudi dernier, la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) sommait le gouvernement Legault de faire preuve «d’humanisme» à l’égard des infirmières, inhalothérapeutes et autres professionnelles. Celles-ci sont «épuisées», et doivent pouvoir se reposer pour passer à travers la crise, selon l’organisation.

«Nos membres subissent beaucoup trop de difficultés. On parle de communications incohérentes des directions, de manque de matériel, de manque de personnel, d’épuisement, de deuil quotidien et de peur d’être contaminées», a notamment relaté la présidente de la FIQ, Nancy Bédard, lors d’une conférence de presse.

Mme Bédard affirme que «l’application mur-à-mur» de l’arrêté ministériel «a des conséquences désastreuses dans la vie des professionnelles».

«Elles sont aussi des mères de famille, des conjointes, des proches aidantes. C’est un casse-tête pour elles au quotidien», avait souligné la porte-parole. Au début du mois, la FIQ lançait une plateforme anonyme de dénonciation des conditions de travail, «Je dénonce». Plus de 750 professionnelles y ont déjà fait part de leurs inquiétudes.

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