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La créativité comme mode de réinsertion

Anna, France, Madeleine et Robert n’ont pas toujours les mots pour dire ce qu’ils ressentent. C’est à travers la peinture, qu’ils trouvent le moyen d’extérioriser ce qu’ils vivent. Chaque semaine, ils se joignent au groupe de l’atelier de peinture du centre local de santé et de services sociaux (CLSS) Rivière-des-Prairies pour trouver leur place dans leur communauté par leur créativité.

Il y a dix ans, Marie-Paule Rozon, intervenante de l’équipe de santé mentale adulte au CLSS, initiait l’atelier de peinture pour permette aux personnes nécessitant un suivi de se réinsérer socialement à travers l’expression de leur créativité.

Doyenne de la place, Madeleine raconte modestement ne pas toujours être habile avec les pinceaux mais adorer se joindre au petit groupe qu’elle qualifie aujourd’hui de deuxième famille.

« Je ne suis pas toujours bonne, mais j’aime ça parce que je m’exprime », mentionne-t-elle, assise devant l’œuvre qu’elle a peinte cet après-midi-là.

Pour Anna, cette rencontre hebdomadaire avec la peinture est un exutoire. « Quand je viens, je n’ai pas à penser à l’avance à ce que je vais faire. Je peins ce que je ressens à ce moment-là. Ça me donne une liberté, ça me permet de m’évader et de me sortir de mon isolement », confie-t-elle.

Robert, quant à lui, est heureux lorsqu’il laisse aller les couleurs sur sa toile. Participant à l’atelier depuis quelques années, il montre fièrement les œuvres qu’il a réalisées. La peinture a même amené Robert à s’intéresser à d’autres domaines artistiques. Il a récemment fait partie de la distribution d’une pièce de théâtre, une expérience qu’il a grandement appréciée.

Il y a cinq ans, France mettait les pieds pour la première fois à l’atelier de peinture et ignorait qu’une passion en découlerait. Aujourd’hui, elle s’est aménagé un petit coin chez elle pour pouvoir s’adonner de temps à autre à ce nouveau passe-temps.

« C’est très stimulant de venir ici. Il y a des journées où ça ne va pas bien, où on se sent désemparé, mais c’est justement à ces moment-là qu’on doit venir », dit-elle.

L’art au service de la communauté

« Pour moi, un des aspects les plus importants avec les personnes psychiatrisées a été leur réinsertion sociale. Je me suis questionnée sur ce qu’on pouvait faire pour qu’elles se sentent en appartenance avec leur communauté », explique Marie-Paule Rozon qui, depuis 2002, accompagne les participants.

Partie du concept d’art brut de Jean Dubuffet, l’intervenante soutient que ce qui ressort du travail de ces gens, c’est leur unicité.

« C’est un type d’art qui ne s’inscrit pas dans un courant. C’est une activité spontanée et d’impulsion. Les œuvres sont singulières et traduisent une pureté. Il y a une honnêteté artistique, car le seul élément qui importe pour ces personnes c’est de créer », souligne-t-elle.

Elle ajoute que cela permet aussi aux membres de la famille des participants de découvrir une autre facette de ceux-ci.

« C’est drôle, mais même si une œuvre n’est pas signée, ma famille est capable de dire qu’elle est la mienne », assure Anna.

Selon Mme Rozon, l’exposition annuelle permet aux participants de voir qu’ils ont leur place dans la communauté. Le fait de voir leurs œuvres achetées montre que leur travail a de la valeur.

« Pour nous, l’exposition, c’est la conclusion de notre travail », dit Anna, appuyée par ses camarades.

Robert n’hésite pas à dire que c’est un des plus beaux moments. Il se souvient de la première œuvre qu’il a vendue, en 2002.

« C’était une porte, c’est un médecin de Rigaud qui l’a acheté. Elle est dans sa clinique », raconte-t-il.

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