Rivière-des-Prairies

Le SPVM à la rencontre des citoyens: «J’ai une petite fille, c’est trop pour elle»

Une trentaine de policiers ont participé à cette opération. Photo: Clément Bolano / Métro

Une trentaine de policiers ont participé à une opération de porte-à-porte dans le quartier de Rivière-des-Prairies. L’objectif? Écouter, comprendre et rassurer les citoyens dans un contexte de hausse de la violence urbaine.

Patrouilleurs, agents sociaux communautaires, cavaliers et membres d’une équipe de concertation communautaire et de rapprochement (ECCR) se sont mobilisés le 22 juin, épaulés par des organismes communautaires prairivois.

Métro a accompagné une équipe composée de deux policiers, Steve et Kristine, ainsi que de Laurence-Emmanuelle, agente de résilience au sein de l’organisme Prévention Pointe-de-l’Île.

Lors de notre première visite, nous rencontrons une jeune mère de famille. Dans l’entrebâillement de sa porte, on aperçoit des piles de cartons. «Vous êtes en plein déménagement?» demande Steve.

La femme répond qu’elle reste dans le district, mais quitte son coin de rue, lassée par les multiples coups de feu qui y ont résonné.

«J’ai une petite fille [de trois ans], c’est trop pour elle. Pour moi aussi. Dès 18h, je ne sors pas de chez moi», confie-t-elle.

Ce témoignage révèle la crainte vécue au quotidien par des familles prairivoises, comme celle d’une autre jeune maman, qui relate ce qu’elle a ressenti lors des coups de feu survenus au coin des boulevards Perras et Rodolphe-Forget.

«On a eu peur qu’une balle perdue rentre chez nous», raconte-t-elle à l’équipe de porte-à-porte.

Collaboration difficile

Si plusieurs citoyens acceptent d’exprimer leur inquiétude, plus rares sont ceux qui collaborent directement avec le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Comme le souligne Laurence-Emmanuelle, qui rencontre régulièrement des résidents de RDP, il est fréquent que «des témoins ne répondent pas» aux questions liées à leur sécurité. Là-dessus, les facteurs sont nombreux: manque de confiance envers la police, crainte de représailles…

C’est précisément pour remédier à ce blocage que l’opération avait été organisée.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, et la cheffe intérimaire du SPVM, Sophie Roy, avaient choisi RDP, touché à huit reprises par des faits de violence armée depuis le début de l’année, pour dire aux citoyens: «Il n’y a pas de petites informations. Chaque information a son importance et sera traitée, rien n’est laissé au hasard.»

L’objectif premier était de «rassurer les citoyens du secteur», a indiqué Mme Roy. «On veut que les gens sachent que nous sommes là», a-t-elle souligné. Mais il s’agissait aussi de les inciter à faire part de tout élément qui pourrait permettre de faire avancer les enquêtes.

«Notre rapprochement avec la population est hyper important. On est toujours en attente de cette collaboration du public», insiste Éric Breton, commandant du poste de quartier (PDQ) 45.

Le poste de commandement mobile installé pour l’occasion face à la bibliothèque de RDP. Photo: Clément Bolano, Métro Média

Un poste de commandement mobile a été déployé face à la bibliothèque de RDP, au sein duquel des fonctionnaires des enquêtes criminelles de l’Est traitaient les informations recueillies pendant l’opération de porte-à-porte.

Suffisamment de policiers à RDP?

La criminalité à RDP «est vraiment complexe», estime le commandant du PDQ 45. «Tout ce qu’on peut faire, c’est se mobiliser pour aller chercher les gens.» 

En 2021, 18 actes impliquant des armes à feu ont été recensés à RDP. Une fréquence comparable à ce que connaît le quartier depuis le début de l’année 2022.

«On a une vraie problématique [d’émergence de] groupes criminalisés», reconnaît M. Breton. Ce dernier rappelle que ce «problème de société» est la priorité de ses équipes. Un travail qui, selon le policier, ne peut se faire sans la collaboration de la population.

«C’est sur qu’on aimerait mieux donner une réponse plus rapide. Dans les minutes [suivant un événement], on est présent, mais on se bute parfois à des victimes aussi agresseurs», pointe-t-il, évoquant le fait qu’à leur arrivée sur place, les potentiels témoins ont souvent déjà quitté les lieux.

Lors d’une entrevue avec Métro, la conseillère d’arrondissement de RDP, Nathalie Pierre-Antoine, réclamait une présence accrue du SPVM dans le quartier.

«À chaque fusillade, on voit une augmentation de policiers dans nos rues, mais après ça, beaucoup moins. On a besoin de moyens à la hauteur de nos ambitions. Il faut plus de policiers, les voir plus souvent», martèle-t-elle.

Valérie Plante a annoncé que des opérations similaires seront aussi organisées dans d’autres arrondissements.

«Le crime organisé change, on le sait, on le voit, on est capables de savoir ce qui se passe et de s’adapter, nous aussi», a-t-elle précisé. Une unité Éclipse, patrouille de renseignement, sera par ailleurs déployée après cette opération.

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