La Maison Marguerite manque de ressources
« Ça fait trois ans que je me retrouve ici, une à deux fois par année. J’ai eu un traumatisme – j’ai été agressée sexuellement en milieu de travail – et depuis, j’ai peur. Je ne peux pas travailler et l’aide sociale ne me donne pas assez. J’ai 630 $ par mois, alors qu’un 1 ½ coûte en moyenne 550 $. Je me retrouve toujours devant un dilemme : je paie mon loyer ou je mange et je m’achète un manteau pour l’hiver », expose Diane.
Le cas de Diane n’est qu’un parmi tant d’autres. En 2013, elles sont 240 femmes à s’être tournées vers la Maison Marguerite pour trouver de l’aide.
« On accueille des femmes de 18 ans et plus qui, peu importe leurs problèmes, n’ont pas d’endroit sécuritaire où habiter. Elles sont souvent désorganisées et en grande détresse. Elles arrivent ici sans bagage et sans argent », explique Martine Rousseau, directrice générale de l’organisme.
Le centre offre 18 appartements de transition (séjours pouvant aller jusqu’à quatre ans) ainsi que 18 lits pour de l’hébergement d’urgence d’une durée maximale de six semaines. C’est ce dernier service qui est menacé.
« Ça fait huit ans qu’on finance [le tiers de nos lits] uniquement à partir de dons. On a pu le faire, grâce au fonds de roulement qu’on a accumulé quand on s’est installé dans La Petite-Patrie, il y a sept ans. Mais là, on a épuisé nos réserves et on ne peut pas maintenir une capacité d’autofinancement annuel de l’ordre de 400 000 $ pour l’hébergement de courte durée. C’est impossible pour un organisme communautaire », plaide Mme Rousseau.
Pour arriver à conserver son offre actuelle de services, l’administration de la Maison Marguerite aurait besoin au minimum d’une enveloppe récurrente de 200 000 $. Elle a d’ailleurs sollicité l’aide de la députée de Gouin, Françoise David, pour intercéder auprès de la ministre responsable du dossier, Lucie Charlebois.
« On se donne jusqu’au 1er septembre pour atteindre nos objectifs. Si on n’a pas de soutien gouvernemental, on devra fermer six lits. Ça veut dire que des dizaines de femmes supplémentaires vont se retrouver à la rue. En 2013, on a refusé 8400 demandes d’hébergement, faute de place », se désole Mme Rousseau.
L’itinérance au féminin
L’itinérance chez les femmes connait la plus forte hausse, depuis quelques années. Selon la directrice, plusieurs facteurs peuvent expliquer cette tendance : coût élevé des loyers, mauvaises conditions de travail, détresse psychologique, isolement, violence conjugale et intrafamiliale ainsi que problèmes de jeu et autres dépendances.
« Avant, on voyait surtout des cas de violence à la Maison Marguerite. Maintenant, ce sont plus des problématiques de santé mentale, allant de la dépression à la schizophrénie », souligne-t-elle.
Pour répondre à cette nouvelle réalité, l’organisme ne compte aucun médecin ou infirmière. Les intervenantes et les accompagnatrices misent sur la communication pour créer un lien de confiance avec les pensionnaires. Ces dernières entameront un processus de réinsertion sociale si elles le décident et quand elles seront prêtes.
« C’est sûr qu’on va les encourager à faire quelque chose, ne serait-ce que manger ou dormir, pour tenter de les stabiliser. Notre défi, c’est d’arriver à tisser des liens et à trouver des solutions ensemble; elles sont capables. On respecte leur rythme, et ça fonctionne. On y va à pas de bébé », indique Mme Rousseau.
Pour preuve, après de nombreux séjours à la Maison Marguerite, qu’elle considère comme son chez-soi, Diane a décidé de se reprendre en main. Elle entamera une formation en informatique en septembre, pour éventuellement retourner sur le marché du travail.
« J’ai décidé que cette année, c’était fini. J’ai fait une demande pour un appartement dans une habitation à loyer modique. J’ai aussi fait des démarches pour un cours payé par Emploi Québec : Femmes branchées, 45 ans et plus. Je suis prête. Si je passe à travers ça, je peux passer à travers n’importe quoi », dit-elle, les yeux pétillants.