Saint-Laurent
05:00 26 janvier 2021 | mise à jour le: 26 janvier 2021 à 07:05 temps de lecture: 4 minutes

La langue, un «handicap» à la sensibilisation durant la pandémie

La langue, un «handicap» à la sensibilisation durant la pandémie
Photo: Métro Média/Laurent LavoieUne affiche concernant les mesures sanitaires à respecter dans un parc de Saint-Laurent.

La communication des mesures sanitaires à différentes communautés de l’arrondissement Saint-Laurent pourrait être freinée par la pluralité des langues, reconnaissent des intervenants communautaires locaux.

«C’est un handicap actuellement d’avoir l’intégration et puis aller à la recherche de l’information. Le fait que beaucoup ne comprennent pas surtout le français, ça les empêche d’aller à l’information ou de bien [la] décoder», dit d’emblée la directrice du Centre communautaire Bon courage (CCBC), Kadiétou Savadogo.

L’organisme desservant Hodge-Place Benoit, quartier prisé par les nouveaux arrivants, a mis en place une stratégie pour rejoindre un maximum de personnes.

Des séances virtuelles d’informations ont lieu. «Si tout notre auditoire ne comprend pas la langue, c’est difficile d’organiser ces activités», dit la directrice.

À la Voix St-Lo, la radio du centre communautaire, les messages de sensibilisation à la propagation de la COVID-19 sont actuellement traduits en anglais, espagnol et en arabe.

La barrière de la langue se fait sentir notamment lorsque les brigades font du porte-à-porte ou en allant à la rencontre de résidents dans les abris bus. L’agent de mobilisation du CCBC doit par exemple se contenter de donner un prospectus avec images plutôt que de discuter avec la personne.

Les cours de français en présentiel étant actuellement interdits en raison du contexte actuel, le CCBC a mis sur pied des ateliers de conversation qui ont lieu chaque semaine. «C’est essentiel au Québec», insiste Mme Savadogo.

Plan d’action

La cellule de crise de COVID-19 regroupant des organismes et partenaires locaux présentera un plan d’action début février qui comptera un volet de communication des mesures sanitaires, informe la directrice du Comité des organismes sociaux de Saint-Laurent (COSSL), Maria Xemina Florez.

Le portrait semble plus rassurant au Centre d’action bénévole et communautaire (ABC). «La langue ne serait pas une barrière, de mon point de vue. Je pense que tout le monde est informé et sait à quoi s’en tenir», fait savoir la directrice générale Henriette Konté.

Le Centre ABC n’a pas de bénévoles qui s’occupent spécifiquement de la sensibilisation, cependant ceux-ci sont informés sur les mesures de sécurité à suivre et quoi faire en cas de symptômes.

«S’ils ne comprennent pas le message, ils ne peuvent pas l’appliquer.» -Kadiétou Savadogo

L’heure à l’action

L’arrondissement Saint-Laurent est conscient de cet enjeu. «Depuis le début de la pandémie, nous n’avons ménagé aucun effort pour rejoindre l’ensemble de la communauté laurentienne, en privilégiant notamment l’utilisation de pictogrammes dans nos publications et affichages», assure le chargé de communication Marc-Olivier Fritsch. L’administration DeSousa offre ses communiqués, publications imprimées et infolettres en anglais et en français.

Saint-Laurent a d’ailleurs récemment entériné un partenariat de communication avec le CIUSSS du Nord-de-l’île-de-Montréal (NIM).

Le profil sociodémographique de 2016 de la Ville de Montréal indiquait d’ailleurs que 4,7% de la population laurentienne ne parlait ni anglais ni français. Or, une majorité peut tenir une conversation dans les deux langues.

Sous surveillance

Le premier ministre du Québec François Legault a fait part de ses inquiétudes quant à la propagation de la COVID-19 dans quelques quartiers montréalais qui comptaient 450 cas actifs par 100 000 habitants, dont Saint-Laurent.

Il est prêt à envoyer davantage de tests rapides ou réguliers dans ces secteurs pour que des résidents sans symptômes soient dépistés. Ceux-ci pourraient être déployés dans les écoles par exemple ou les cliniques mobiles seraient lancées.

«On est très inquiets», mentionne Maria Ximena Florez, soulevant au passage l’important travail de l’ensemble des organismes.

Depuis le début de la crise, Saint-Laurent a recensé plus de 4 700 cas et plus de 110 personnes ont succombé à la maladie.

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