Dix milles trésors
Douze pieds sous terre, il existe un lieu extraordinaire, un lieu que peu de Laurentiens connaissent. Un lieu vaste, aseptisé et unique sur le territoire de l’arrondissement. La réserve du Musée des maîtres et artisans du Québec.
Ce ne sont pas moins de 10 000 objets qui transitent en cette période estivale. Un déménagement forcé, mais salvateur pour de nombreuses œuvres d’art. « Auparavant, tout était dans des boîtes dans un environnement parfois humide, trop chaud, et souvent difficile d’accès. Aujourd’hui cet endroit n’est que du bonheur », explique Pierre Wilson, directeur et conservateur du musée nouvellement acquéreur de ce lieu d’exception.
Tout y est ordonné, rangé, chaque objet étiqueté, codifié, et finalement entreposé dans de grands espaces amovibles. Pierre Wilson est heureux, il insiste sur de petits détails qui font leur différence. « Nous avons un espace de quarantaine, chaque objet sur lequel des doutes subsistent sur une possible contamination est enfermé ici. L’air y est purifié et part directement à l’extérieur. Si la contamination est organique, on installe la pièce suspecte dans le congélateur pour 3-4 jours, la meilleure façon de tuer de nombreux parasites», explique-t-il.
Une caverne d’Ali Baba
Mille mètres carrés d’espace, c’est un tout petit peu plus que l’ancienne réserve, mais la capacité de rangement est quintuplée. Alors, quand certaines boîtes sont ouvertes, les yeux s’écarquillent et la magie opère : « On a découvert une vierge ou peut-être une reine. Elle est passée au feu. Elle doit dater du 14e ou 15e siècle, sûrement française, mais aujourd’hui nous n’avons aucune idée de sa provenance exacte», dit Pierre Wilson, d’un ton amusé et quelque peu sceptique.
Auparavant, tout était enfermé, il n’était pas simple de voir et apprécier tous les trésors qui étaient à disposition. Aujourd’hui, la mission du musée en semble simplifiée. « Notre premier objectif, c’est de garder des objets pour l’éternité et avec cette réserve sous la bibliothèque du Boisé, c’est possible », raconte le conservateur. Il ajoute : « lors des portes ouvertes de la bibliothèque, les gens sont venus à notre rencontre, nous avons eu beaucoup de questions et la population a compris l’utilité d’un tel lieu, c’est une grande satisfaction».
Les costumes de Fred Pellerin côtoient des céramiques rarissimes, de nombreux artéfacts Inuits sont déjà installés dans leur tiroir, une horloge Twist avec le mécanisme en bois trône, et Pierre Wilson pense déjà à ses prochaines acquisitions: « J’ai hâte de recevoir un ensemble de jouets en bois, sculpté et peint à la main par un monsieur de 72 ans, des objets provenant des sœurs grises, des bijoux pour le patrimoine québécois ». Aujourd’hui, l’équipe du musée est heureuse de pouvoir travailler dans de très bonnes conditions, ils espèrent tous, maintenant, rencontrer encore plus de Laurentiens et pourquoi pas, quelques touristes durant les expositions !