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Antonio Discepola : le parcours d'un magistrat

Le juge Antonio Discepola a quitté l’Italie à l’âge de cinq ans, ses parents rêvaient d’une vie meilleure. Aujourd’hui, il siège à la Cour municipale de Montréal. Le Progrès fait le portrait de ce fier Italo-canadien qui dit avoir réussi non pas en dépit de ses origines modestes, mais grâce à elles.

Antonio Discepola est né en Italie, à Volturana Irpina, un petit village de la province d’Avellino.

« Je me souviens de l’endroit où l’on habitait, ça m’est resté imprégné. Je me rappelle d’avoir joué avec des objets communs parce que je n’avais pas de jouets. On n’avait pas de cuisinière, non plus. Ma mère cuisinait dans le foyer. On avait deux vaches, un cochon. »

C’est la période de l’après-guerre, l’économie italienne est dévastée. La misère règne.

De la mère patrie au Nouveau-Monde

Le père de la famille Discepola quitte sa terre natale, seul, pour trouver du travail en Amérique. C’est sur les chemins de fer de la Saskatchewan qu’il finit par trouver.

Sa famille peut alors traverser l’Atlantique pour le rejoindre.

« Imaginez, ma mère n’était même jamais sortie de son village. Ça devait être incroyable pour elle », raconte M. Discepola.

Si la plupart des immigrants italiens de l’époque s’entassent dans les villes industrielles de l’est du pays, la famille Discepola s’installe dans un village perdu au beau milieu des prairies; trottoirs de bois, maisons isolées et blé à perte de vue. En guise de maison, un wagon de train posé à même le sol.

« C’était comme au Far West. J’avais la liberté complète. »

Mais la vie de pionnier est difficile et le travail, volatil. À nouveau, le padre di famiglia doit chercher fortune ailleurs.

La famille Discepola quitte alors les plaines pour Montréal. Elle loue un appartement au coin des rues De Gaspé et Dante, dans la Petite-Italie. La famille se débrouille avec peu de moyens. Son seul luxe, une télé noir et blanc.

« Après la guerre, les Italiens étaient considérés comme des ennemis. Nos traditions étaient incomprises. Dans ce temps-là, tous les Italiens avaient un jardin. Au lieu de planter du gazon, on faisait pousser des tomates. Les Canadiens-Français riaient de nous. Ils disaient “vous êtes cheap, vous ne pouvez pas vous acheter des légumes?” »

Qualifiés de travailleurs à rabais et de voleurs de jobs, les Italo-Canadiens se heurtent aux préjugés.

« Mon père n’avait jamais été à l’école. Il faisait donc des travaux manuels : entretien, construction, déneigement, tonte de gazon. Il faisait ce qu’il pouvait. Quand on est au bas de l’échelle, il y a deux façons de monter, soit on devient criminel, soit on travaille fort. »

Au sein du foyer, la discipline est de fer; pour se sortir de la pauvreté, il faut s’instruire

« Mon père était un homme très exigeant envers lui-même et son entourage. Il ne pouvait pas nous dire quel métier faire, mais une chose était claire, il n’était pas question que nous arrêtions les études. C’était sous-entendu qu’on devait aspirer à des fonctions importantes. »

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