Affaire Shafia: onde de choc sur la rue Bonnivet
La consternation, voilà ce qui ressort d’une visite effectuée la semaine dernière dans le quartier où a vécu la famille d’origine afghane, aux abords de la rue Bonnivet. Toutefois, ceux qui ont accepté de témoigner de leurs impressions s’entendent pour dire que les Shafia étaient « une bonne famille », tranquille et respectueuse des voisins.
Constantino Gallo, le voisin immédiat de la famille, abonde en ce sens.
« Ils étaient très gentils, c’était de bonnes personnes. De braves gens. On se saluait lorsque l’on se croisait. Je discutais surtout avec l’aînée. Elle me disait que son père était sévère et m’a parlé un peu de son fiancé pakistanais. Je me rappelle qu’elle a été punie et qu’elle devait rester à la maison. Mais je n’ai jamais vu de signes qui auraient pu laisser croire à de la violence dans cette famille. Je suis encore surpris, je ne m’attendais pas à ça », fait valoir celui qui a reçu la visite de nombreux journalistes.
« On n’a rien vu venir. On ne savait pas que cela aurait pu arriver », confie, pour sa part, Mario Carpanzano. Il se souvient d’avoir vu les trois sœurs s’amuser ensemble devant la maison. « Elles étaient toujours ensemble, très souriantes. » Et leur frère Hamed faisait beaucoup de « social » avec les voisins malgré la « barrière de la langue ».
« Ça existe »
Même s’il reste stupéfait, M. Carpanzano ne se ferme pas les yeux et croit qu’il faut prendre conscience d’une réalité qui peut être sournoise.
« On entend souvent des histoires comme ça. Pas nécessairement des meurtres, mais que le frère devient jaloux de ses sœurs ou encore de la violence conjugale. Ça existe et ça ne se voit pas nécessairement », considère-t-il.
Lucie Trolio, une autre voisine, s’explique mal la thèse du crime d’honneur qui aurait pu servir de motif aux trois accusés.
« Ce n’est pas quelque chose que l’on peut comprendre. C’est une toute autre réalité. En tant que mère, je me demande comment on peut faire une chose pareille. »
Au moment du drame, plusieurs voisins du quartier ont été touchés par cette histoire et ont témoigné leur soutien à la famille éplorée. Des gerbes de fleurs ont été déposées devant la résidence léonardoise des Shafia et certains résidents de la rue Bonnivet ont même assisté aux funérailles des quatre victimes.
Tentant toujours de comprendre ce qui s’est passé, les personnes interrogées ont, pour la plupart, confié suivre de près le déroulement du procès. Elles espèrent ainsi trouver des réponses à leurs nombreuses questions.
Rappel des faits
Mohammad Shafia, sa seconde femme, Tooba Mohammad Yahya, et leur fils Hamed sont accusés de quatre meurtres prémédités.
Les corps des trois filles, Zainab, Sahar et Getti, et celui de la première épouse de Mohammad Shafia, Rona Amir Mohammad, ont été retrouvés le 30 juin 2009 dans une Nissan Sentra au fond d’une écluse du canal Rideau. La Couronne prétend que c’est la voiture du père qui aurait poussé la Nissan dans le canal. Selon la poursuite, il s’agirait d’un crime d’honneur.
Texte écrit en collaboration avec Josianne Desjardins
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