J’ai 34 ans, j’ai changé ma ville
En 2009, j’ai fait le grand saut en politique municipale, à 30 ans. J’étais fortement convaincue de l’importance à titre de citoyenne de participer aux décisions qui nous concernent, dans le district Saint-Henri–Petite-Bourgogne–Pointe-Saint-Charles où se côtoient à la fois la pauvreté, la richesse, diverses communautés, et où se vivent des changements profonds au cœur des plus anciens quartiers de Montréal.
Traversé d’infrastructures majeures, à deux pas du centre-ville, cicatrisé d’interventions urbaines peu réussies: rarement un secteur de Montréal aura été si hétérogène, un microcosme de notre urbanité. J’ai pris le pari de participer à changer les manières de faire, accompagnée en cela d’une grande montréalaise, Louise Harel, d’un maire heureusement réélu, Benoit Dorais, et d’une collège extraordinaire, Huguette Roy. Je suis fière de dire que nous avons réussi.
Nous avons infléchi le développement de Griffintown, et quoi qu’en disent les gérants d’estrade, nous aurons donné une des visions les plus audacieuses de développement urbain, accompagnée par la participation de centaines de citoyens et d’organismes dans un cadre neutre et démocratique mené par l’Office de consultation publique de Montréal.
Il n’y aura plus de corridor d’autobus défigurant un quartier, il n’y aura plus de terrains municipaux vendus pour du développement, il n’y aura plus de démolitions injustifiées. Il y aura des parcs et espaces publics, les premières vraies rues partagées de Montréal, une université rayonnante et un terreau d’innovation à Montréal, la préservation du Horse Palace, du bâtiment Rodier pourtant promis à la démolition. Le tout réalisé à travers un vrai cadre réglementaire proposé par la Ville et la société civile et non par des promoteurs. Il y aura surtout des Montréalais qui font le choix de vivre en ville.
Il y aura du logement social et abordable, près de 1400 unités, partout dans le Sud-Ouest, et des réserves foncières pour du logement familial. Car nous avons agi, au point de devenir des leaders en habitation parmi tous les arrondissements de Montréal. Ça ne fait pas les manchettes, mais ce sont des exploits: non seulement notre équipe a fait du développement urbain autrement, mais elle en a changé durablement les normes.
De jeunes élus ont mis sur la table de négociations que le développement dans le Sud-Ouest se ferait au bénéfice de tous nos concitoyens.
Il nous aura fallu du courage et une bonne dose d’audace pour aller au bout de nos convictions et tenir ainsi tête aux promoteurs. Force est de constater que nous avons réussi puisque l’obligation d’inclusion ne sera pas remise en question par le prochain conseil municipal. Ce sera dorénavant au gouvernement du Québec d’appuyer, en cela, les municipalités.
Développement rassembleur
J’ai cru au développement rassembleur. J’ai cru en une gouvernance ne pouvant se faire en opposant les groupes de citoyens ou en culpabilisant le choix de la copropriété.
À la médisance partisane de certains, je réponds que le défi de retenir les Montréalais sur l’île passe aussi en encourageant un jeune couple à acheter un condo à Saint-Henri plutôt qu’à Sainte-Julie! Que les enjeux de la densification, de son acceptabilité, de l’architecture conséquente, de la lutte à l’étalement urbain seront les grands défis à poursuivre, tant dans le discours et que dans les actions. Au bout du compte, nous sommes tous voisins, des voisins que je souhaite Montréalais d’abord et avant tout.
Et j’ai planché, jours, soirs et week-ends, pour faire du vivre en ville autrement une réalité dans le Sud-Ouest. Sans faire de coup d’éclat, sans autopromotion, mais en travaillant, en écoutant, en persévérant. Les toits verts et toits blancs, le verdissement obligatoire, le plan d’action corsé en protection du patrimoine bâti, des charrettes d’urbanisme, des pratiques ouvertes et novatrices de consultations publiques et de participation citoyenne. Aussi, le Sud-Ouest est devenu culturel, par une première politique culturelle voulant rendre nos quartiers vibrants et inclusifs, et par des gestes forts pour créer du beau dans la ville, pensons à l’initiative de résidence en art public dans les parcs: les réussites sur lesquelles maintenir le cap sont nombreuses. J’y crois profondément, le Sud-Ouest est amené à voir grand.
Ceux qui connaissent mon éthique de travail, reconnaitront la rigueur, la détermination, la volonté d’équité et de justice dans les positions et décisions prises aux services des citoyens. Car la politique doit aspirer aux meilleures décisions à prendre ensemble, où le raccourci intellectuel ou partisan ne peut prendre toute la place. Jamais je n’ai accepté le dénigrement érigé en politique partisane pour certains. Toujours, j’ai donné un coup de main à des collègues, à des citoyens, à des partenaires, pour discuter et échanger des meilleurs choix. Montréal mérite cela de ses élus.
C’est avec curiosité et intérêt sans cesse renouvelés que durant 4 ans j’ai travaillé pour Montréal, que j’ai aussi choisi de porter la voix de plusieurs. J’aurai été des batailles du Sud-Ouest pour un meilleur Turcot, des signatures de pétitions à 7h du matin dans le métro pour préserver les succursales SAQ et la revitalisation de nos artères commerciales. C’est avec le même engagement que j’ai siégé au conseil municipal.
J’aurai été parmi les élus «techno», à multiplier les échanges par les médias sociaux, à plaider pour plus de numérique et de transparence. Je pense aussi au « #velomtl »; il y a maintenant un comité aviseur vélo composé de la société civile, en plus de pratiques émergentes de partage des voies cyclables. Je pense à la cuisine de rue qui refait son entrée à Montréal et pour lequel j’ai initié le débat et piloté la démarche de consultation publique. Je pense au financement des arrondissements, aux enjeux financiers de notre Ville et à sa gouvernance, du travail fastidieux à la Commission des finances et de l’administration publique, mais combien important pour les services municipaux offerts aux Montréalais et pour l’équité territoriale.
Je pense aussi à ce mandat 2009-2013 sur lequel l’histoire portera un regard particulier, où 3 maires se sont succédés, où aux côtés de Louise Harel, nous avons combattu pour faire la lumière sur la malversation et les pratiques de collusion à l’hôtel de ville et pour initier un changement de la culture politique municipale. C’est certainement le grand chantier démocratique qui devrait continuer à tous nous interpeller, indissociable de celui de l’exercice d’une citoyenneté active.
Parmi les plus jeunes élues de Montréal, j’ai relevé ce défi des 4 dernières années avec plaisir, avec engagement, avec reconnaissance à tous ceux qui m’ont accordé leur confiance. Et je les en remercie, les citoyens de Saint-Henri-Petite-Bourgogne-Pointe Saint-Charles en premier lieu. Je remercie Louise Harel, qui a fait confiance en 2009 à un jeune maire Benoit Dorais, et qui a permis aux jeunes femmes autour d’elle d’acquérir force et expérience par la confiance qu’elle nous a toujours portée.
La politique est ainsi faite, on y vient, on y part. L’engagement lui, survit. Je sais une chose, c’est qu’aujourd’hui, à 34 ans, j’aurai contribué à changer ma ville.
Merci.
Véronique Fournier