Vaudreuil-Soulanges
10:00 17 mai 2021 | mise à jour le: 17 mai 2021 à 10:07 temps de lecture: 5 minutes

Les agriculteurs et l’intervention

Les agriculteurs et l’intervention
Photo: Gracieuseté

Afin d’adapter les services en santé mentale à la réalité des agriculteurs, la ressource de travailleur de rang a été créée. Deux personnes se partagent le travail en Montérégie, le territoire étant vaste et comptant sur un très grand nombre de producteurs. Au total, ils sont 13 à pratiquer ce métier adapté à la réalité agricole du Québec. Vicky Beaudoin en fait partie depuis trois ans dans la région.

Quelle formation faut-il pour exercer ce métier?

Moi je suis travailleuse sociale de formation, mais j’ai des collègues qui sont techniciens en travail social, d’autres qui sont des intervenants sociaux, donc qui ont un baccalauréat en situation d’aide, mais pas nécessairement en travail social. Ça prend aussi une certaine connaissance du milieu des agriculteurs. Par exemple, j’ai grandi sur une ferme laitière. J’ai des collègues qui sont conjointes de producteurs, d’autres qui sont producteurs eux-mêmes. C’est vraiment très variable, mais il faut avoir une certaine sensibilité à la culture agricole. Ça s’acquiert aussi avec l’expérience.

En quoi consiste votre travail concrètement?

On a un volet de prévention et un d’intervention. Tout ce qui touche à la prévention c’est de parler aux médias, d’aller dans des comités locaux de producteurs et dans les écoles faire des présentations, mais aussi rencontrer tous les intervenants qui gravitent autour comme les représentants de santé, des vétérinaires et agronomes. Il faut les sensibiliser pour qu’ils sachent comment reconnaître quand un producteur aurait besoin de nos services.

Pour l’intervention, on veut être proactifs en allant au-devant des problèmes, mais ce n’est pas toujours le cas. On peut faire de l’intervention individuelle, de couple, familiale ou entre associés. On en fait aussi lors d’évènements traumatiques comme des feux, des suicides, d’accidents de ferme. Dans ces moments-là, on fait du désamorçage et ça peut aller jusqu’à une vingtaine de personnes. On les fait autant par téléphone, en vidéoconférences, dans nos bureaux ou sur place, à la ferme.

Pourquoi est-ce que le volet prévention est si important?

C’est important de comprendre que les gens peuvent nous appeler directement, mais qu’il y en a une grande majorité que c’est de références qu’on reçoit, d’où l’importance d’informer les gens du fait qu’on existe. Nos services sont gratuits, confidentiels et professionnels. On fait aussi du référencement des producteurs vers les services qu’ils ont besoin.

«Les producteurs agricoles vivent les mêmes situations difficiles que la majorité de la population. La seule chose c’est que le contexte agricole dans lequel ils vivent va les complexifier.» – Vicky Beaudoin

Souvent ils ont été dans le système du réseau de la santé sans avoir reçu les services qu’ils avaient besoin. Un producteur agricole qui a un rendez-vous à 10h, si ça adonne qu’il fait du foin parce qu’il annonce de la pluie le lendemain, c’est bien de valeur, mais il va annuler son rendez-vous. Le foin est plus important que lui-même. C’est une réalité qu’on comprend et à laquelle on s’adapte. Ça m’est déjà arrivé de faire des interventions pendant la traite parce que c’est le seul moment que le producteur a et que c’est maintenant qu’il a besoin d’aide. Ça m’est aussi arrivé de faire une rencontre dans la moissonneuse-batteuse parce que la personne avait besoin de parler. On ne fait pas des interventions de la même qualité que quand on s’assoit, mais c’est comme ça qu’on peut écouter le producteur, le laisser ventiler et de créer un lien de confiance avec lui.

Quelles sont les problématiques de santé mentale qui sont spécifiques au monde des agriculteurs ?

Je dis toujours aux gens que les producteurs agricoles vivent les mêmes situations difficiles que la majorité de la population. La seule chose c’est que le contexte agricole dans lequel ils vivent va les complexifier, comme le fait de travailler avec de la famille. Il n’y a pas beaucoup de monde que leurs patrons soient aussi leurs parents, leurs amis ou leurs frères. Ça complexifie alors les relations. Quand c’est ton gars qui rentre en retard au travail, par exemple, tu vas peut-être laisser passer ça quelques fois, mais si ça devient une norme, le parent est fâché, mais c’est son enfant. Donc, il ne sait pas trop quoi faire avec ça. Si c’était un employé, il le mettrait à la porte et ce serait tout.

Pourquoi êtes-vous devenue travailleuse de rang?

J’admire les agriculteurs et je me dis que si je peux en aider un à continuer de nous nourrir tout en étant bien, ça va me combler. Si j’arrive à faire en sorte qu’un seul producteur perçoive le fait qu’il est lui-même l’outil de son travail et qu’il mette en place des changements dans sa vie pour qu’il prenne soin de lui en premier, je vais avoir fait mon travail.

Comment ce service est-il accessible?

Les producteurs peuvent nous joindre par téléphone au 450 768-6995, par internet au acfareseaux.qc.ca. Les gens peuvent également nous envoyer des messages sur notre page Facebook.

Pour faciliter la lecture de l’entrevue, certaines réponses peuvent avoir été éditées.

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