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10:10 16 mars 2021 | mise à jour le: 16 mars 2021 à 13:48 temps de lecture: 3 minutes

Marché Méli-Mélo, histoire d’un succès qui dure

Marché Méli-Mélo, histoire d’un succès qui dure
Photo: Vincent RiouxLa réputation du Marché Méli-Mélo n’est plus à faire, eux qui servent des clients de presque partout au Québec.

Véritable institution de la rue Jarry, le Marché Méli-Mélo est connu bien au-delà du quartier Villeray pour ses mets créoles savamment préparés. Rencontre avec Jean-Michel Baptiste, propriétaire et fondateur de l’un des restaurants haïtiens les plus connus à Montréal.

En 1984, alors que le quartier Villeray était loin de l’embourgeoisement qu’on connaît aujourd’hui, M. Baptiste, immigrant haïtien, se retrouve de jour au lendemain sans boulot.

La boutique de joaillerie à laquelle il travaillait à l’époque ferme ses portes. C’est à ce moment qu’il décide de se lancer en affaires.

«Je voyais d’autres qui ont essayés [de partir une entreprise], alors je me suis dit que j’aillais essayer. Si ça marche, ça marche et si ça ne marche pas, au moins j’aurai essayé», pensait-il alors.

Pour marcher, ça a marché fort, «au-delà nos espérances», reconnaît M. Baptiste avec humilité. C’est tout de même un tour de force pour cet homme d’affaires qui ne connaît rien en cuisine, de son propre aveu.

«J’ai eu la chance de trouver de bons cuisiniers haïtiens qui ont préparé des plats que les gens aiment», dévoile-t-il.

Pour le propriétaire du réputé restaurant, c’est un reportage du journaliste Paul Toutant en 1993 qui a mis l’établissement «sur la mappe». «Ça nous a donné un énorme coup de pouce», admet-il.

«Il était venu juste comme ça un après-midi, se rappelle l’entrepreneur de 76 ans. Il m’a dit « Monsieur je vais faire un petit reportage sur le Méli-Mélo, est-ce que vous acceptez? » Je lui ai dit « mais pourquoi donc? »»

Si M. Baptiste raconte cet épisode en rigolant aujourd’hui, c’est parce qu’à l’époque, il comprenait mal comment on pouvait s’intéresser à son petit casse-croûte. D’autant plus que, dans ces années-là, les Haïtiens pouvaient avoir mauvaise presse.

«Dans les années 1990, on parlait beaucoup du VIH. À un certain moment donné, on disait que les Haïtiens en étaient porteurs. Ensuite, on a parlé des gangs de rue, ça nous a fait très mal, parce que les gens ne voulaient pas rentrer chez nous», se souvient-il.

Intégration

Si Le Marché Méli-Mélo connait un succès retentissant, c’est parce qu’il a su s’intégrer dans le décor québécois, croit Jean-Michel Baptiste.

«Les gens de notre quartier nous ont pris en main, parce qu’ils ont remarqué qu’on pouvait offrir quelque chose de nouveau, présente-t-il. On nous a adoptés. On est ouvert à tout le monde, on ne fait pas quelque chose pour les Haïtiens. On fait quelque chose pour le Québec», s’enorgueillit-il.

D’ailleurs, M. Baptiste dit avoir des clients qui viennent de presque partout au Québec pour déguster son griot, son riz collé et ses bananes pesées.

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