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Décret anti-immigration: «Une situation très préoccupante»

Photo: Joe Raedle/Getty

Avocat montréalais spécialisé en immigration, Me Stéphane Handfield, se dit inquiet pour les résidents québécois possédant la citoyenneté de l’un des sept pays touchés (Iran, Irak, Libye, Somalie, Soudan, Syrie, Yémen) par le récent décret du président américain Donald Trump qui interdit l’entrée aux États-Unis à ces ressortissants.

Comment jugez-vous cette mesure prise par Donald Trump?
C’est clairement de la discrimination basée sur la citoyenneté et la religion. Même si un État à le droit de contrôler son territoire, c’est, à ma connaissance, la première fois qu’un gouvernement démocratique ferme son entrée à toutes les personnes issues d’un autre pays. Le gouvernement conservateur canadien avait par exemple imposé aux Mexicains l’obtention d’un visa pour arriver au Canada (de 2009 à 2016, NDLR). Mais on n’avait pas empêché tous les Mexicains de venir.

Le gouvernement canadien indique que les binationaux originaires de ces sept pays ne seront pas touchés. Est-ce rassurant?
Ce n’est pas clair, les versions ont pas mal changé. Officiellement c’est facile de dire que les Canadiens ne sont pas visés. Mais officieusement, on ne connaît pas les directives données aux douaniers américains qui ont un pouvoir discrétionnaire. La situation est très préoccupante, notamment pour de nombreux autres étudiants et travailleurs au Canada qui ne possèdent pas la citoyenneté canadien.

C’est-à-dire?
Beaucoup vont à la frontière américaine, font le «tour du poteau» pour renouveler leur visa temporaire. Mais maintenant, ils risquent d’être arrêtés. Prenons l’exemple d’un étudiant français possédant aussi un passeport iranien ou irakien. Pour renouveler son droit de séjour au Canada, il est désormais préférable de passer par la France.

Éviter temporairement les États-Unis serait la meilleure solution?
Même avec un passeport canadien, dans cette situation, je m’abstiendrais de voyager aux États-Unis pour les prochaines semaines. Aujourd’hui, ça va loin. Même un individu possédant un statut légal et la carte verte, qui est aujourd’hui à l’extérieur des États-Unis, ne peut revoir sa famille et retourner travailler sans une autorisation des autorités américaines, qui indique étudier au cas par cas les demandes.

Justin Trudeau se dit quant à lui prêt accueillir les ressortissants de ces pays. Qu’en pensez-vous?
Dénoncer cette mesure, c’est une excellente chose. On a beau être un partenaire économique, partager la plus grande frontière commune entre les deux pays, on n’est pas les États-Unis et on ne partage pas cette vision sur l’immigration. Si ces ressortissants, tels les étudiants, ne sont plus les bienvenus aux États-Unis, on doit leur dire qu’ils sont les bienvenus chez nous.

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