Morsi, l’équilibriste égyptien
De Benghazi à Tunis, de Sanaa à Amman, en passant par Tripoli au Liban où le pape Benoît XVI a conclu hier sa visite de trois jours, le monde arabo-musulman est en feu contre un film débile et islamophobe. La situation est particulièrement délicate en Égypte.
Le plus grand pays arabe est dirigé depuis juillet par les Frères musulmans. Leurs grands ennemis, les salafistes, sont actifs. Ils appellent notamment à purifier l’islam de toute trace culturelle étrangère.
Aux législatives de janvier, ils sont arrivés deuxièmes derrière les Frères musulmans. Le président Mohamed Morsi doit composer avec eux. Pas question de s’aliéner ces islamistes, dont certains veulent raser les pyramides comme les talibans avaient dynamité les bouddhas géants d’Afghanistan il y a 11 ans. Sans les salafistes, pas de paix sociale.
Mais sans Washington, pas vraiment de relance économique. L’Égypte a besoin des 2 G$ versés chaque année par le trésor américain pour jouer un rôle de modérateur dans le monde arabe.
Mohamed Morsi est donc coincé. Il marche sur un fil trop mince pour avoir une grande marge de manœuvre. Si, pour l’instant, il respecte les grandes lignes du traité de paix avec Israël, il craint, tôt ou tard, d’être débordé par les fondamentalistes.
C’est sans doute la raison pour laquelle il a été l’un des derniers leaders arabes à dénoncer la colère de la rue contre The Innocence of Muslims, réalisé aux États-Unis par Nakoula Basseley Nakoula, un Égyptien copte.
Morsi a beau dire être un homme de dialogue, comment réagira la rue si est confirmée l’identité de l’auteur du film, aussi irresponsable que les caricatures de Mahomet qui avaient mis le feu aux poudres du monde arabo-musulman il y a sept ans?
Les Coptes, qui forment environ 10 % des 80 millions d’Égyptiens, ont majoritairement voté contre Morsi. Depuis son élection, il tente de les rassurer, même s’il s’est engagé à instaurer un État islamique.
Parallèlement, le premier président élu sans fraudes majeures doit ménager la puissante armée dans un pays où tous ses prédécesseurs ont porté l’uniforme depuis la chute de la monarchie en 1952.
Mohamed Morsi a joué la semaine dernière un jeu d’équilibriste. Il a cherché à calmer le jeu avec les salafistes, même s’ils ont voulu le défier en se servant d’un film anti-islam pour embraser la rue.
Attendu cette semaine aux États-Unis, il lui faudra cette fois rassurer Barack Obama, qui ne le considère ni comme un allié ni comme un ennemi. Le grand écart se poursuit.