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Américains et Français : des drôles d’oiseaux

Photo: Getty

Les clichés auront toujours la vie dure. Ainsi, les Français passent leur temps dans les cafés à boire au lieu de travailler. Ils sont paresseux, pérorent…

Cette liste de poncifs, aussi longue qu’un jour sans pain, faisait déjà partie du guide pratique destiné aux GI débarqués en France en 1944. Maurice Taylor, grand patron du pneu américain, l’a sûrement lu. Pour lui, il n’y a aucun doute : «Les Français sont trop chers à cause notamment de leurs avantages sociaux.»

Le PDG de Titan International, firme spécialisée dans les pneumatiques pour véhicules agricoles, avait essayé en vain de racheter l’usine de Goodyear à Amiens, en Picardie, menacée de fermeture. Les syndicats ont tué dans l’œuf son initiative, clame-t-il en pestant contre les ouvriers français : «Ils touchent des salaires élevés et ne travaillent que trois heures.»

Mais voilà, selon l’OCDE, même moins bien payés que les Allemands et les Britanniques, les Français restent parmi les plus productifs de l’Union européenne, tout en ne se tuant pas à la tâche.

À l’évidence, les statistiques de l’Organisation de coopération et de développement économiques, Taylor n’en a cure. La France a beau attirer autant d’investissements américains que la puissante Allemagne, elle «finira comme la Grèce, c’est une question de temps», assure-t-il.

Arnaud Montebourg, le ministre français du Redressement productif (un nouveau ministère!), est vite monté aux barricades contre ces propos «extrémistes» et «insultants», qui témoignent «d’une ignorance parfaite de ce qu’est notre pays».

Taylor, surnommé le «grizzly» à cause de ses fréquents coups de gueule, n’est pas le seul à bien saisir ce qu’est l’«exception française». En novembre, The Economist, prestigieux hebdomadaire britannique, qualifiait la France de «bombe à retardement au cœur de l’Europe».

De manière générale, le sens de la modération du monde anglo-saxon à l’égard de la «douce France» est rarement au rendez-vous. L’Hexagone n’a également pas la langue dans sa poche quand il s’agit de critiquer Britanniques et Américains.

Avec ces derniers, c’est une longue histoire d’amour-haine. Les deux, qui ne se sont jamais fait la guerre, se courtisent et se diabolisent. Chacun clame son «exceptionnalisme».

L’un est convaincu d’œuvrer pour la liberté et la prospérité de l’humanité, l’autre croit encore en sa supériorité culturelle avec ses Victor Hugo («France, France, sans toi le monde serait seul») et Gustave Flaubert («Français : premier peuple de l’univers»).

La prise de bec entre Maurice Taylor et Arnaud Montebourg a commencé mercredi dernier. Elle se poursuit. Le premier glatit, le second coquerique. Drôle d’oiseau que ce couple franco-américain!

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