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La violence cachée

La violence faite aux femmes est une épidémie cachée.» Ann Veneman, ancienne directrice générale de l’UNICEF Photo: Collaboration spéciale
Elisabeth Braw - Metro World News

Malgré des décennies de sensibilisation, la violence faite aux femmes persiste partout dans le monde. En collaboration avec ONU Femmes, Métro a mené une vaste enquête sur cette question et vous invite à en découvrir les résultats dans une série d’articles.

Un jour de janvier, dans la ville de Guatemala, six femmes et deux filles ont été assassinées. «Je suis incapable de trouver une raison à ces meurtres, déplore Rosa Franco, dont la fille de 15 ans, Maria Isabel, a été tuée. Mais telle est la vie dans ce pays corrompu. Je soupçonne plusieurs personnes, dont un trafiquant de drogue de 45 ans qui harcelait ma fille depuis qu’elle avait refusé de sortir avec lui.»

Bienvenue dans notre XXIe siècle, une époque où le tiers des femmes sont susceptibles d’être victimes de violence au moins une fois dans leur vie. Au Pérou, leur sort est même pire : «Chaque mois, 10 femmes sont tuées», laisse tomber María Ysabel Cedano García, du groupe local de défense des droits des femmes Demus.

Plus troublant encore, la violence faite aux femmes demeure commune dans les pays développés.

Ainsi, 46 % des Suédoises rapportent avoir été victimes de violence. De plus, les femmes et les filles représentent 80 % des victimes du trafic humain. «La violence faite aux femmes est une épidémie cachée, et “cachée” est ici un mot très important, déclare Ann Veneman, ancienne directrice générale de l’UNICEF. Nous savons tous que le viol constitue une arme de guerre dans des endroits comme la RDC, mais dans les pays développés, le problème est caché.»

La plupart des méfaits dont sont victimes les femmes surviennent à la maison et sont commis par leur mari ou leur petit ami. «La violence du partenaire a souvent une composante psychologique, ce qui la rend difficile à évaluer, explique Markku Heiskanen, spécialiste de la violence en milieu familial de l’Institut européen pour la prévention du crime et la lutte contre la délinquance. À cela s’ajoute le fait que les femmes cherchent à protéger leur partenaire. Quand elles parlent de leurs relations précédentes, elles évoquent plus facilement la violence.»

Les jeunes femmes sont plus particulièrement visées par la brutalité des hommes. Près de la moitié des agressions sexuelles dans le monde sont commises contre des filles de moins de 16 ans. «Souvent, ce sont des filles provenant de milieux difficiles qui se retrouvent avec des hommes qui prétendent les aimer, mais qui ne sont en réalité que des maquereaux, affirme Mme Veneman. Ce qui se passe dans ce genre de situation défie l’entendement, et ça se produit aussi en Amérique du Nord et en Europe.»

Mais il y a de bonnes nouvelles. Des refuges pour femmes sont notamment construits, même dans des pays connus pour leur tolérance à l’égard de la violence faite aux femmes. Et les victimes qui y séjournent peuvent parfois y suivre des formations qui leur permettent ensuite de gagner leur vie. En Inde, le viol collectif d’une jeune femme survenu à Delhi a suscité des protestations sans précédent. Et en Chine, la condamnation à mort de Li Yan, une femme reconnue coupable d’avoir tué son mari après des années de mauvais traitements, a provoqué un rare mouvement d’indignation publique.

À la Saint-Valentin cette année, l’association V-Day a organisé One Billion Rising («Un milliard de personnes se lèvent»), une initiative visant à dénoncer la violence faite aux femmes. Et ce mois-ci, les dirigeants du monde entier se réuniront aux Nations Unies, à New York, pour discuter de ce grave problème.

Il y a une génération à peine, la violence faite aux enfants était jugée acceptable; aujourd’hui, elle est très mal vue, et est même interdite dans plusieurs pays. «Cela montre que la société peut changer les choses si elle agit, déclare M. Heiskanen. Tout homme porte en lui une certaine violence. Tout être humain est susceptible d’éprouver de l’agressivité, mais les femmes semblent avoir été éduquées de manière à moins y recourir. Il est aussi possible d’éduquer les hommes.»

***
Retrouver l’espoir

Monica a été violée par son beau-père alors qu’elle avait cinq ans. Quand elle l’a dit à sa mère, celle-ci en a parlé à l’agresseur.

«Il a menacé de me tuer et de faire la même chose à mes sœurs», se rappelle Monica, aujourd’hui âgée de 16 ans.

Après six années d’agres­sions, Monica s’est enfuie et a joint les rangs des FARC, le groupe révolutionnaire colombien. «Je voulais appartenir à un groupe parce qu’à la maison, je n’avais personne», relate-t-elle. Mais après avoir entendu dire que plusieurs garçons avaient été tués, elle s’est échappée.

Monica a trouvé refuge à Taller de Vida, un organis­me de Bogota qui vient en aide aux anciens enfants sol­dats. «La raison la plus fré­quente pour laquelle les filles joignent les FARC est qu’elles ont été agressées sexuellement par des proches, constate Stella Duque, directrice de Taller de Vida. Mais avoir appartenu à un grou­pe révolutionnaire armé engendre d’autres problèmes ainsi qu’un sentiment de vide.»

À Taller de Vida, Monica et les autres filles profitent d’un service de soutien psychologique, suivent des cours, font du théâtre et jouent de la musique.

«J’ai longtemps voulu partir à la recherche de ma mère pour la tuer, dit Monica. Aujourd’hui, je veux partir à sa recherche pour lui dire que, malgré tout ce qu’elle m’a fait, je suis heureuse.»

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