«Je me suis sauvé des FARC»
Wilmer était un jeune infirmier qui soignait les blessés de la guérilla des FARC, dans la profonde jungle colombienne. Il a gravi les échelons du personnel médical des rebelles, avant de réaliser les dangers de son style de vie clandestin. Il a alors fui pour une nouvelle vie.
Wilmer avait l’habitude de s’occuper des blessures de guérilleros notoires des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie). Maintenant, il aide des malades dans un hôpital civil. Il dormait dans un lit de camp en pleine jungle; il passe dorénavant ses nuits auprès de sa femme, à Bogotá.
Aujourd’hui, l’homme de 27 ans se souvient avec regret de son temps passé auprès des FARC. À cette époque, il n’était qu’un adolescent hypnotisé par les armes à feu, une vie de rebelle et la promesse de ce qu’il n’avait pas à la maison : un sentiment d’appartenance.
La belle-mère de Wilmer avait rendu sa vie impossible. «Elle s’est beaucoup disputée avec moi et je m’en suis lassé. La seule chose que je voulais, c’était quitter la maison. Puis, j’ai commencé à apprécier les armes à feu. Je me suis occupé de la fumigation des plants de coca, mais ça m’a épuisé, parce que je n’avais jamais connu la rigueur d’un emploi. Finalement, j’ai joint les FARC», explique-t-il. Il n’avait que 15 ans à l’époque. Mais c’est sa naïveté, selon ses dires, et non le fait d’être contraint, qui l’a fait rejoindre le groupe. «Ils ne m’ont jamais forcé, ils ne me voulaient pas vraiment parce que j’étais mineur, se rappelle le jeune Colombien. J’ai pris cette décision parce que je n’avais pas d’endroit où vivre. Ils m’ont même mis en garde à propos de la vie dure que j’aurais.»
Ce fut le début d’un parcours tortueux entre les tranchées, les canots et les épuisantes marches qui l’ont mené au milieu de nulle part, où la végétation règne en maître et où l’État n’est pas présent.
Après trois mois d’entraînement avec les rebelles FARC, les supérieurs de Wilmer ont découvert qu’il possédait un certain talent avec les médicaments, grâce à son passé d’assistant dans la pharmacie de son oncle.
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L’adolescent a voyagé dans les plaines de l’est de la Colombie (les Llanos Orientales), guérissant de nombreux guérilleros blessés et malades, dont certains qui avaient la maladie parasitaire leishmaniose et des infections virales. Dans la jungle, de simples notions de base en médecine sont salutaires. Le jeune Colombien est devenu un «infirmier au front», un des postes les plus élevés auxquels il pouvait aspirer au sein des FARC.
Son ascension au sein de la guérilla a été vertigineuse, tout comme l’a été sa prise de conscience alors qu’il devenait plus mature et qu’il a commencé à réaliser la possibilité d’être blessé et de vivre constamment en danger. L’idée de fuir a germé dans son esprit. «En août 2002, quand Álvaro Uribe (alors président de la Colombie) a annoncé qu’il n’y aurait plus de zone «neutre» pour les guérillas, les FARC commencèrent à se disperser. C’est à ce moment que j’ai décidé de me démobiliser», explique-t-il.
La fuite de Wilmer a été presque aussi spectaculaire que dans un film. Il a attendu le changement de garde dans son camp, un moment opportun où il y aurait assez d’agitation avant que l’alarme soit sonnée. «J’ai couru pendant huit heures de suite», se souvient-il. Le but du jeune homme était d’atteindre un village et, avec un peu d’argent, de réussir à acheter des vêtements civils pour mieux se fondre dans la foule. Il a fini par rejoindre un village, pour être aussitôt capturé par un convoi militaire de l’État. Son évasion a été assurée quand les hommes de l’armée ont compris que Wilmer tentait de retourner dans la société.
C’est alors qu’a commencé le prochain périple de Wilmer, comme occupant de refuges gérés par l’Institut colombien du bien-être familial, l’agence de protection de l’enfance du gouvernement. Son passage à l’âge adulte s’est passé dans la clandestinité et en racontant ce qu’il avait vécu dans le groupe armé.
Il a ensuite joint un programme géré par l’Agence colombienne de réintégration des anciens membres de la guérilla. Il a commencé à soigner des patients civils, avec les mains propres et un uniforme blanc.
Et maintenant, après son café, Wilmer traversera la rue pour retourner à ses fonctions au sein de la société.
Wilmer est un des 802 Colombiens qui ont réussi leur processus de réintégration.