Ali Khamenei: le guide, le président et le détroit
Tout est entre les mains d’Ali Khamenei. Sous son turban noir, le Guide suprême de la République islamique doit cogiter dur. L’Iran peut-il se permettre d’entrer en guerre contre les États-Unis en fermant le détroit d’Ormuz, par où transite plus de 35 % du pétrole maritime mondial? Le bras de fer entre Téhéran et le Grand Satan n’a jamais été aussi dangereux. La communauté internationale retient son souffle.
Elle n’a pas oublié la mini-guerre entre les deux pays dans ce même détroit (international) d’une cinquantaine de kilomètres de large. En 1988, les Américains y avaient livré leur plus grande bataille navale depuis la Seconde Guerre mondiale. Quatre-vingt-sept militaires iraniens trouvèrent la mort et deux pilotes américains furent tués dans l’opération Praying Mantis (mante religieuse) qui ne dura, heureusement, que quelques heures.
Cette fois, s’il y a confrontation «ce sera beaucoup plus sérieux», craint Houchang Hassan-Yari, du Collège militaire royal de Kingston. «La guerre sera totale. Elle engagera non seulement les États-Unis, mais aussi un certain nombre de pays arabes du Golfe persique et plusieurs pays de l’OTAN. Tout ne sera pas limité à la question du détroit. Il pourrait y avoir des bombardements sur les sites nucléaires iraniens dont on parle depuis plusieurs années», précise le professeur d’origine iranienne durant une entrevue téléphonique.
Les conséquences pour l’économie mondiale, déjà en pleine récession, seraient désastreuses. On n’en est pas encore là. L’ayatollah Khamenei, 73 ans, est parfaitement conscient qu’un conflit armé avec la plus grande puissance militaire de la planète risque de mettre fin à son régime. Il a beau détester l’Occident et refuser toute normalisation avec Washington, sous sa barbe blanche, c’est un fin renard politique. D’autant qu’il est déjà en guerre ouverte avec le bouillant Mahmoud Ahmadinejad. Il l’a choisi comme président en 2005 en misant sur son entière obéissance. Mais, depuis quelque temps, l’ex-maire de Téhéran vole de ses propres ailes, n’en fait qu’à sa tête.
Dans la crise du détroit d’Ormuz, Ahmadinejad joue les seconds rôles. Le chef des armées et le responsable de la course au nucléaire, c’est Khamenei. Le grand ayatollah, émissaire du 12e imam sur terre, pourrait finir par calmer le jeu dans sa guerre de mots avec Washington, mais pour cela il lui faut ne pas paraître affaibli auprès des 70 millions d’Iraniens et surtout face à son ennemi Ahmadinejad. Il le congédierait sur-le-champ si celui-ci n’avait pas, dit-on, des documents compromettants de corruption contre son fils Mojtaba.
Ahmadinejad tiendrait donc Khamenei par la barbichette, pendant que le Guide suprême menace de verrouiller le détroit si les Occidentaux viennent à sanctionner les exportations pétrolières iraniennes. Le monde entier retient vraiment son souffle…