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La Libye, la R2P, la Syrie et le Yémen

Qui sera le prochain? La mort de Mouammar Kadhafi la semaine dernière a été accueillie avec des «mabrouk» (félicitations) par les Syriens et les Yéménites cherchant à en finir avec Bachar al-Assad et Ali Abdallah Saleh. Leurs cris ne suffiront pas. Il leur faudrait eux aussi la R2P, l’«arme» libératrice de la Libye.

L’acronyme peu connu de «responsability to protect» a été adopté par les Nations unies il y a six ans pour remplacer le «droit d’ingérence humanitaire», expression à haute charge émotive et idéologique. L’ONU voulait en quelque sorte exorciser son inaction dans le génocide rwandais de 1994. Depuis, la «responsabilité de protéger» semble être le credo des relations internationales.

Ce concept a été évoqué par la «communauté internationale» – c’est-à-dire essentiellement l’Occident – afin d’intervenir militairement en Libye. Pour des raisons humanitaires, bien sûr. Cependant, dire que les considérations économiques n’étaient pas très loin est un euphémisme diplomatique.

En Syrie et au Yémen, le sang coule à flots, contrairement au pétrole. Résultat : l’Occident ne bouge pas et prône toute une batterie de sanctions en rappelant qu’on ne peut intervenir militairement n’importe où et n’importe quand. Mais quand toutes les belles paroles de l’ONU et d’ailleurs ne suffisent pas pour arrêter un massacre, l’action militaire n’est-elle pas justifiée? La question se pose pour la Syrie et le Yémen.

Mais voilà, le cas libyen peut difficilement faire école pour ces deux pays. Israël, par exemple, ne tient surtout pas à voir un grand trou noir syrien à ses frontières. Idem pour la très conservatrice Arabie saoudite avec le Yémen. On le voit, la R2P est un concept à géométrie variable. Les «hommes forts» de la Syrie et du Yémen l’ont bien compris. Sans intervention étrangère, ils survivront bien à la colère de leur peuple.

Ne pas intervenir militairement dans un pays au nom de sa sacro-sainte souveraineté et le faire dans un autre aux prises avec les mêmes problèmes de «génocide, de crimes de guerre, de nettoyage ethnique et de crimes contre l’humanité», pour reprendre les mots de l’ONU accompagnant la R2P, est malsain pour les relations internationales.

L’épisode libyen, qui est loin d’être fini, donne bonne conscience à l’Occident. Il faut désormais se résigner à suivre les «feuilletons» syrien et yéménite les bras croisés, en se disant que toute dictature a une fin.

– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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