Qatar, un petit État aux grandes ambitions
Quels liens y a-t-il entre Al Jazeera, le Shard et le Paris Saint-Germain? Aucun, sinon que la célèbre chaîne d’information en continu, le plus haut gratte-ciel d’Europe et le mythique club où joue David Beckham appartiennent au Qatar.
Le petit émirat arabe (1,5 million d’habitants) a toujours eu de grandes ambitions. Pas étonnant de voir ce micro-État féodal faire des pieds et des mains pour ravir à Montréal le siège de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), la seule institution onusienne en territoire canadien.
Doha, sa capitale, aligne les gratte-ciel les plus futuristes de la planète, et l’émir Hamad ben Khalifa ben Khalifa al-Thani, qui a déposé son père en 1995 en vacances en Suisse, en construira sans doute un pour l’OACI face au golfe arabo-persique, loin des «hivers rigoureux» de Montréal.
Invivable l’été quand la température dépasse les 40 degrés, le Qatar (il sera quand même l’hôte de la Coupe du monde de football en 2022) fait régulièrement parler de lui. Il aime tellement Londres qu’il en possède une bonne partie. Paris est aujourd’hui dans sa mire. La diplomatie du portefeuille est payante pour un État au PIB annuel par habitant de 90 000 $.
Le pays le plus riche du monde encourage les révoltes du Printemps arabe pour éviter qu’elles ne touchent son territoire, grand comme l’Estrie. La main-d’œuvre immigrée, qui compose plus des trois quarts de la population, n’est pas des plus choyées et pourrait avoir de mauvaises idées.
La diplomatie étrangère du royaume wahhabite est difficile à saisir. Elle entretient des relations commerciales avec Israël, des liens étroits avec le Hamas à Gaza, arme la rébellion syrienne, abrite deux bases militaires, l’une américaine, l’autre française, et conserve de bonnes relations avec l’Iran.
L’ex-colonie britannique est même membre associé de la francophonie et Al Jazeera promet de lancer une chaîne en français «prochainement».
Sur l’échiquier international, «le Qatar se cherche un grand rôle mondial», rappelle Sami Aoun, professeur au département de science politique de l’Université de Sherbrooke et spécialiste du Proche-Orient.
L’appui sans réserve du gouvernement Harper à l’État hébreu a soulevé l’ire des pays arabes, et Montréal risque d’en payer le prix fort en perdant l’OACI, qui compte 57 États musulmans sur ses 191 membres.
Sami Aoun nuance, cependant, dans un échange de courriels : «Le ton des conservateurs est plus pro-israélien, plus dogmatique que les libéraux, mais pas leur politique : l’un et l’autre acceptent la solution des deux États [Israël-Palestine].»
Dans tous les cas, accueillir l’OACI permettrait à la pétro-monarchie de montrer qu’elle est une riche oasis dans une zone de haute turbulence.