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«Dé-jeûneurs» du ramadan

Photo: Getty

Ils se nourrissent de Google, Twitter et Facebook pour revendiquer leur droit de ne pas jeûner pendant le ramadan. Ils risquent une amende salée ou même la prison.

En Tunisie, on les appelle les «fattaras». Sur les réseaux sociaux, ils dressent la liste des restaurants et cafés ouverts, leur permettant de manger, boire, fumer la chicha ou une cigarette pendant le jeûne de 30 jours commencé le 10 juillet.

Il y a deux ans, la cinéaste tunisienne Nadia el-Fani avait déjà parlé de ces «dé-jeûneurs» dans Laïcité inch’Allah. Le documentaire avait «horrifié islamistes et conservateurs», rappelle Haoues Seniguer, de l’Institut d’études politiques de Lyon.

«Ceci traduit, in fine, l’intériorisation de la pression sociale, du contrôle social environnant […] et montre que des Tunisiens, pas forcément jeunes d’ailleurs, n’observent pas le jeûne, mais se confinent tout de même dans des espaces retirés, pour ne pas entrer en conflit avec la majorité des Tunisiens pratiquants», précise le chercheur dans un échange de courriels.

Pour les «fattaras», refuser de jeûner, ce n’est pas insulter l’islam : la religion doit être une affaire personnelle où chacun est libre de respecter ou non les commandements divins. Mais jeûner, pour l’immense majorité des musulmans, est un devoir sacré. Mois de la piété et du sacrifice, l’exercice spirituel est aussi une obligation sociale, un peu comme, à une autre époque, observer le carême dans le monde chrétien.

Quoi qu’il en soit, les non-jeûneurs risquent souvent gros.

Même si le Coran ne prévoit aucune pénalité à l’encontre de celui qui ne respecte pas le ramadan, dans bon nombre de pays, les «pécheurs» sont passibles d’une amende de 1 000 dollars comme en Algérie (article 144 bis 2 du code pénal) ou de un à six mois de prison comme au Maroc (article 222)

Dans ce dernier pays, McDonald’s prend d’ailleurs les précautions qu’il faut : «Seuls les adultes non musulmans seront servis», avertit la chaîne américaine.

Chaque année, le débat sur la dépénalisation du non respect du ramadan reprend, surtout dans les pays du Maghreb. En Tunisie, berceau des «printemps arabes», les «fattaras» estiment que faire fi du mois de tous les interdits est une revendication démocratique comme une autre.

«Le Printemps arabe a sans doute permis de décomplexer ceux qui cultivaient déjà un rapport libre à la religion et qui ne peuvent supporter le poids du conservatisme culturel et/ou religieux dans leur pays, qui veulent s’en affranchir, tout en respectant la liberté de l’autre», conclut Haoues Seniguer.

Les «dé-jeûneurs» sont une toute petite minorité. Mais, elle dérange.

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